Avec sa "Needcompany", Jan Lauwers a créé une troupe, joyeuse et inventive qui sillonne le monde avec ses spectacles singuliers, poétiques et déjantés, mêlant la danse, la performance, le théâtre et la musique omniprésente. Jan Lauwers avait percé auprès du public francophone (longtemps après sa percée en Flandre) avec sa mémorable "Chambre d’Isabella". Depuis, il ne cesse de tourner et de rencontrer un public cherchant à retrouver le miracle d’Isabella.

Créé il y a un an dans le cadre de la Ruhtriennale, "Place du marché 76" vient d’avoir sa première en français au Festival d’Avignon, dans le beau cadre du cloître des Carmes. Le public belge pourra le revoir au Kaaitheater en novembre prochain.

Tous les ingrédients du théâtre de Lauwers sont là : une bande joyeuse, jouant, dansant et chantant, des costumes de mascarade, de l’émotion, des chansons, une folie, mais maîtrisée.

On dit souvent de la Belgique : "Petit pays, grands faits divers." Il est vrai qu’avec nos Tueurs du Brabant wallon, notre divorce communautaire et les crimes de Marc Dutroux pour ne citer qu’eux, nous faisons fort. Jan Lauwers imagine un village et sa place centrale avec une fontaine toujours en panne. Le village a connu bien des drames, comme la Belgique : l’explosion dramatique et accidentelle d’une bonbonne de gaz qui a fait 40 morts, un enfant qui se jette d’une fenêtre, une fille enfermée pendant 76 jours dans une cave par un pervers, etc. Tous ces drames secouent une communauté où on reconnaît le policier, le boucher, le balayeur de rue surnommé "Le bigleux", les dragueurs et les timides. Tout peut arriver, même la chute du ciel d’un bateau de six mètres, peut-être le canot de sauvetage de l’arche de Noé ?

Dans le village, chacun se regarde, se surveille, on voit bien quand le boucher trompe sa femme devenue infirme. La neige tombe sur scène. Les habitants se réchauffent dans de grandes pelisses orange à longs poils.

Le village ne cache qu’à peine son racisme latent, la commémoration qui foire, l’inceste, la misère sexuelle. Si dit comme cela, le fond du spectacle semble bien amer, la forme, au contraire, fait le choix d’être folle et joyeuse, comme le surréalisme belge peut le faire. On danse, on chante (chansons toujours belles chez Lauwers), on est souvent amusé par ce charivari sur fond de drames, même si le fil se perd parfois.

Et la morale de l’histoire est bien "politiquement correcte" : un enfant naît, immense poupée de plastique qu’on nomme "Amor". Et toute la troupe chante "Amor". "L’amour, c’est toujours bon. Tout le monde a besoin d’amour. Tout le monde est plein d’amour. Même Bigleux est plein d’amour."

Au Kaaitheater à Bruxelles, les 12 et 13 novembre.