En adaptant le texte du dramaturge britannique Dennis Kelly, très en vue actuellement, et connu, entre autres pour avoir coécrit la sitcom Pulling de BBC Three, la jeune Laura Hoogers, qui, avec ADN (Acide désoxyribonucléique), signe sa première mise en scène, ne s’attendait pas à ce que la réalité dépasse sa fiction. 

Impossible, en effet, de ne pas établir un parallèle entre le texte de Kelly et l’affaire glaçante de l’assassinat du jeune Valentin Vermeesch, largement couverte par la presse belge. Malgré quelques imperfections, une réelle tension, un malaise persistant émanent de ce spectacle interprété avec vigueur par de jeunes comédiens issus du Conservatoire de Mons.

Six adolescents se retrouvent dans les bois. Par jeu, ils harcèlent un camarade, l’envoient vers la barrière, lui jettent une pierre, se moquent de son regard apeuré, lancent un deuxième, troisième puis quatrième projectile, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ils montent alors un stratagème pour faire croire à un assassinat, s’enfoncent dans leurs mensonges, s’acharnent sur le plus fragile d’entre eux, et poussent le cynisme au paroxysme lorsque leur victime, Adam, qu’on croyait mort et enterré, ressurgit, sous forme de voix multiples, celles des comédiens mais aussi de Dennis Kelly, rencontré à Londres, un choix de la metteure en scène.

Laura Hoogers, pourquoi avoir voulu monter ce texte de Kelly ?

Cette pièce m’a directement fait flasher. Elle parle de peur et de culpabilité, deux sentiments que je connais bien.

Le parallèle avec l’affaire Valentin est troublant…

La première fois qu’on l’a jouée, c’était dans un festival et les témoignages du meurtre de Valentin sont sortis dans la presse. Je retrouvais parfois les mêmes mots que dans la pièce.

Avez-vous déjà joué "ADN" devant des adolescents ?

Oui, à l’Eden à Charleroi, entre autres. C’était intéressant d’être confrontés à eux, surprenant parfois. Certains trouvaient que le groupe avait bien fait de tuer Adam. D’autres ont fait preuve d’un réel manque d’empathie. L’objectif de la pièce n’est pas d’être moralisatrice mais de montrer l’effet de groupe, de questionner le public.