"Every Direction is North", septuor virtuose de Moscou à Bruxelles et au-delà.

La lumière monte doucement sur un homme et les borborygmes qu’il produit, coiffé qu’il est d’une boîte. Si elle lui cache la vue et brouille la voix, elle n’entrave que peu ses mouvements, jusqu’à cependant le faire vaciller. Au terme de quoi la boîte devient socle, siège, récipient, piédestal, avant que d’autres hommes et d’autres boîtes viennent s’additionner à la première, s’allongeant en table, se hissant en étagère, s’agençant en coffre. 

Pour concevoir l'espace scénique, décor et lumières, Karine Ponties a une fois de plus fait appel à Guillaume Toussaint Fromentin. © Alexander Kabanov

Un décor astucieux et fait de peu, discret aussi, inscrit avec justesse dans la vastitude de la scène dont les lumières de Guillaume Toussaint Fromentin structurent les contours en périmètres distincts. Une petite foule piétine, se croise, se frôle dans un carré étroit. Puis soudain se déploie sur le plateau entier.

Sur fond de technique, de vifs langages

Créé à Moscou en 2016 par Karine Ponties, pour la section contemporaine du Balet Moskva, Every Direction is North a reçu en 2017 le prestigieux Golden Mask décerné par le Théâtre national russe. 


Si la distribution a en partie changé depuis la création, le septuor présent en Belgique ces jours-ci n’en est pas moins virtuose, et d’une belle diversité de formats. Entre la chorégraphe et ses interprètes, l’écoute mutuelle a permis que la technique, aussi étourdissante soit-elle, ne masque jamais les personnalités, et produise un langage singulier, cependant en lien avec l’univers mouvant que développe la compagnie Dame de Pic depuis plus de vingt ans et quarante pièces.

Légèreté teintée d’obscurité

Souple, énergique, non sans rudesse, ce petit monde-ci évoque toutes les communautés, de la cour d’école au préau de la prison, sans jamais enfermer son propos.

Des mêlées joyeuses, des rivalités fugaces, des échappées belles. Une promiscuité ludique avec ses rites, ses codes, son anarchie. Il règne ici une légèreté contagieuse, et que pourtant l’obscurité frôle sans répit. Quelque chose de Buster Keaton mâtiné d’Esther Williams. 

Chez les danseurs du Balet Moskva, la chorégraphe a trouvé "rigueur et abandon", belles conditions d'une création qui n'a pas fini de tourner. © Alexander Kabanov

Efficace en diable, presque trop présente, la musique de David Monceau accompagne ces tableaux follement vivants, où les carrés du début se mueront en cercle.

Familière des corps d’hommes qu’elle chorégraphie le plus souvent, Karine Ponties montre ici combien une femme peut peindre et donner à sentir si finement la fraternité.

  • Bruxelles, Théâtre national, jusqu’au 8 février. Infos & rés. : 02.203.53.03 - www.theatrenational.be
  • Également le 11 février au Concertgebouw de Bruges, et le 14 à Charleroi danse
  • À noter que, du 5 au 7 mars, Karine Ponties donnera aux Brigittines sa nouvelle pièce "Lichens", fruit d’un long travail autour du "Conte des contes", fascinant film d’animation russe de Youri Norstein. Dans le cadre du festival In Movement (lui-même inscrit dans l'événement Brussels Dance)