Scènes

Ils ont faim de théâtre et soif de plateau." Ils, ce sont les jeunes comédiens, auteurs, metteurs en scène, avides de créer. L’art qui les meut vit lorsqu’il est vu. Or le champ théâtral, tout pléthorique et fertile soit-il, n’absorbe qu’une part minime des projets qui y mûrissent.

Soupape de décompression

C’est une des raisons d’être du Furious Festival, lancé l’an dernier par Olivier Coyette, successeur de Roland Mahauden aux commandes du Poche. Matthieu Defour, qui a travaillé à l’élaboration et à la coordination du festival, en rappelle les chiffres : "Fort du succès de sa première édition, on lance la deuxième, du 9 au 31 décembre, du mardi au samedi (un jour de plus par semaine), avec 9 spectacles ou étapes de travail et 5 lectures mises en espace, et au total une centaine de jeunes artistes, venus des différentes écoles, Insas, IAD, Conservatoire de Bruxelles, de Mons, de Liège." Une vertu de l’opération est ainsi le décloisonnement. "On fait se rencontrer les écoles, souligne Matthieu Defour. C’est d’ailleurs une soupape de décompression pour répondre à toutes les demandes qu’on reçoit. On offre du temps de plateau disponible. Qui veut vient…" Sous réserve d’une certaine sélection - à l’inverse de ce qui s’était produit lors de la première édition. Ça s’est su, et le Poche, derechef, croula sous les dossiers…

Un choix s’imposait, tout en restant dans l’esprit d’ouverture qui prévaut ici. "Nous sommes attentifs à diversifier les formes, mais aussi les provenances, s’agissant des écoles. Cependant, on laisse aux artistes le choix de présenter ce qu’ils veulent. Le festival est une vitrine mise à leur disposition pour faire découvrir leur travail aux professionnels, dans le cas des formes les plus abouties, ou simplement pour tester la matière sur un public, pour une lecture, par exemple." Quant au choix artistique, il est opéré par le directeur, sur base des dossiers mais aussi parfois d’étapes de travail vues par l’équipe.

Gratuité

Les trois semaines du festival sont estampillées "entrée libre" pour le public. Le Poche veut ainsi en faire une fête accessible à tous. "On offre le plateau, un théâtre en ordre de marche, un soutien promotionnel, précise Matthieu Defour. En revanche, on ne paie pas les compagnies. Mais l’entrée est gratuite."

Montrer, rencontrer, affiner, découvrir… Pour les artistes, les programmateurs, les spectateurs, les effets du FF sont multiples. En résumé, c’est un vivier qui s’ouvre à tous les regards dès mardi prochain.

Une lecture fait l’ouverture, dirigée par Sarah Siré avec les élèves de 2e année du Cours Florent de Bruxelles : "Bettencourt Boulevard ou une histoire de France", en présence de l’auteur Michel Vinaver. La première de quatorze propositions. Comédien, Julien Rombaux fait partie du collectif qui se frotte à "Voir clair" de Marius von Mayenburg ; le même met en scène "Love and Money" de Dennis Kelly. Pointons aussi "Housewife" où l’actrice Morgane Choupay partage le plateau avec the Ployboys et leur orchestre électroménager live. Ou encore "Là (Shakespeare dit there)", d’après "Lettre au directeur de théâtre" de Denis Guénoun, par Pauline D’Ollone. Avec "Une charge déraisonnable", le Poche adresse un coup de pouce complice à la Charge du Rhinocéros et ce projet de et par Silvia Guerra, clown italienne sommée de quitter le territoire belge comme 5 913 autres ressortissants européens entre 2012 et 2014…

Au théâtre comme dans la vie, les urgences sont diverses. Elles trouvent ici un écho.

Furious Festival, au Théâtre de Poche (1a chemin du Gymnase, Bois de la Cambre), Bruxelles, du 9 au 31 décembre. Entrée libre (sauf soirée de réveillon : 10 € après 23h). Infos & rés. : 02.649.17.27, www.poche.be