Scènes

Seul, sans doute, le Théâtre du Tilleul peut faire preuve de tant de minutie. Un premier regard au décor, cette bibliothèque en perspective, ambiance Poudlard, imaginée par Pierre-François Limbosch et Alexandre Obolensky, plonge le spectateur dans l’esprit et la lettre des Carnets de Peter. Des livres à perte de vue, des étagères hautes comme les édifices d’antan, des titres évocateurs, tels Der Struwwelpeter, Max et Moritz ou Babar, qui trônaient dans la bibliothèque de Peter F.Neumeyer, auteur de littérature jeunesse auquel le spectacle rend hommage.

Il n’en croyait d’ailleurs pas ses yeux, plissés d’émotion, ce vieil homme honorable de 89 ans, professeur émérite de littérature à Harvard qui, pour assister au spectacle, fit le voyage de Californie jusqu’à Bruxelles  ! Un supplément d’âme plana sur la représentation exceptionnelle de vendredi, à la Balsamine, jusqu’au salut final, où l’auteur monta sur scène. “C’est le point culminant de ma vie”, nous confia-t-il lors de notre interview.

Le Théâtre du Tilleul avait déjà raconté une des ses fameuses Histoires de Donald (1969-1970) dans Le Bureau des Histoires (2009). Suite à cela, Carine Ermans désira explorer mieux encore l'univers épuré et complexe de Peter Neumeyer et du faleux illustrateur Edward Gorey (1925-2000), adulé par Tim Burton, entre autres. Elle entreprit une correspondance assidue avec Peter Neumeyer et finit par traverser l'Atlantique pour le rencontrer. Il lui promit alors de venir en Belgique pour assister à la première, laquelle fut retardée de plusieurs mois en raison d'une maudite chute d'échelle... Nous y voici donc enfin.

Rêverie magnifiée

Dans une bibliothèque pleine de mystère, une vieille dame (Carine Ermans toujours “so British”), interdit à son lecteur (le candide Sylvain Geoffrey) d’emporter le grand livre sur les animaux qu’il est en train de consulter et qui fut celui de chevet du jeune Peter, qui observait les insectes de près. En précisant cela, Carine Ermans montre l’amour profond de l’enfance qui l’anime.

Elle raconte ensuite, dans une mise en scène et en abîme cousue main de Sabine Durand, le parcours de Peter, cet enfant juif allemand, contraint de quitter son pays en 1936. Sa grand-mère l’emmène aux Etats-Unis, où s’étaient déjà rendus ses parents. Un voyage conté à l’aide de jouets en bois  : taxi, train ou paquebot, cet “Empress of Britain” si semblable au Titanic, qui menèrent l’aïeule et son petit-fils à l’abri de la folie humaine. Trop occupés, ses parents ne peuvent s’occuper de Peter confié, à une famille de quakers, dans un ranch. Puisque sa grand-mère, rentrée en Allemagne, ne peut plus lui raconter des histoires, il les écrit lui-même.

Voilà ce que révèlent Les Carnets de Peter avant d’ouvrir les pages des Histoires de Donald, graphiques et pures comme des haïkus, contées à l’aide de divers effets aussi spéciaux que délicats, du théâtre d’ombre, au petit tableau illuminé, en passant par les projections et apparitions soudaines d’Alain Gilbert, musicien toujours aussi décalé, du tonique Carlo Ferrante. Ou encore, de cet improbable Stoejgnpf, sorte de tapir géant, imaginé par Peter et d’emblée adopté par les spectateurs, petits ou grands, qui se sont évadés, une heure durant, dans cette rêverie poétique magnifiée d’humour et d’humanité, pour célébrer l’enfance et ses indispensables histoires.

© Théâtre du Tilleul

Prochaines dates: 6 janvier à 15 heures la Balsamine et du 13 au 16 février à La montagne magique, les 19 et 21 mars à Ekla.

Plus d'infos : www.theatredutilleul.be.

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