Occupée depuis le samedi 3 avril – dans le sillage de l’occupation du Théâtre national, entamée le 19 mars – et alors que le KVS a annoncé s’autodéconfiner le 26 avril, la Monnaie a reçu vendredi en fin d’après-midi la visite de la police de Bruxelles.

Pas d’évacuation des lieux (l’occupation fait l’objet d’un accord avec la direction) mais une restriction de l’amplification aux tribunes ouvertes, en fin de journée, sur le parvis de l’opéra.

"La police a voulu empêcher le rassemblement et nous a confisqué notre matériel", indique une des membres du collectif Bezet La Monnaie occupée. Un acte qu’elle qualifie de "symboliquement violent" dans un temps où justement la jeunesse et la culture se mobilisent pour offrir une tribune à celles et ceux qui peinent à se faire entendre, en particulier dans le contexte de la crise sanitaire. Qu’à cela ne tienne : "On continue a cappella."

Micros coupés, tribune toujours ouverte 

Dans un communiqué publié vendredi soir, le collectif de jeunes travailleuses, travailleurs, étudiantes et étudiants du champ culturel qui occupe la Monnaie a donné ces précisions: "La Ville de Bruxelles justifie sa décision par le fait que des interventions artistiques et parfois musicales sont proposées dans le cadre de cette tribune, et que cela aurait entraîné “des débordements”... à savoir, quelques minutes de musique amplifiée au-delà des limites très strictes fixées par la police ! Nous revendiquons que la liberté d’expression est non seulement politique mais aussi artistique. Et pourtant, notre tribune quotidienne n’est pas un spectacle."

"La police coupe le micro des sans-voix, mais nous ne nous laisserons pas réduire au silence", indiquait vendredi soir dans un communiqué le collectif occupant la Monnaie. © Bezet La Monnaie occupée

Prévue – et autorisée – chaque jour à 17h, cette tribune donne la parole, indique le collectif, "à celles et ceux qui, bien au-delà du secteur culturel, subissent de plein fouet les conséquences de la gestion politique de la pandémie. Ce faisant, notre but est d’interpeller le gouvernement sur le creusement vertigineux des inégalités."

"Quand on est furax, on est encore debout"

C’est ainsi sans micro que Christine Mahy a pris la parole. Cette intervention est "d’autant plus heurtante que tout cela se passe de façon pacifique, organisée, structurée", a souligné la secrétaire générale et politique du Réseau wallon de lutte contre la pauvreté (RWLP), interpellant le bourgmestre de Bruxelles. "Mais enfin qu’est-ce qu’il vous prend d’agresser des citoyens qui essaient d’alimenter le débat et la réflexion ? D’arrêter des gens qui, oui, sont furax de ce qui se passe, mais, quand on est furax, c’est qu’on est encore debout, qu’on est en train de faire, de proposer, de construire !"

La crise révèle les injustices et les inégalités, rappellera-t-elle, bientôt munie d’un mégaphone. "Il est grand temps de reconnaître que créer a une fonction majeure dans une société."

Christine Mahy
Christine Mahy, Secrétaire générale du RWLP, s'était rendue vendredi à la Monnaie pour soutenir l'occupation et souligner les inégalités mises en exergue par la gestion de la crise sanitaire. © Elsa Audevart / Bezet La Monnaie occupée