Scènes

Ce soir, nous n’allons pas assister à une pièce de théâtre, finalisée et peaufinée en bonne et due forme, mais bien à “une étape de travail”, nous avertit Manu Lepage, comédien et co-fondateur de la jeune troupe de théâtre de rue Les Vrais Majors. Il s’agit donc d’un spectacle en préparation, La montagne ou, dans sa version longue en allemand Der Menschenfresserberg (titre provisoire), qui nous raconte les coulisses et tribulations de la création d’une pièce de théâtre basée sur l’adaptation d’un film allemand des années 30.

Et c’est parti pour la première scène  ! Ambiance musique tyrolienne à gogo dans une gargote bavaroise avec nappes à carreaux. Attablés autour d’un appareil à raclette  : Friedrich (Quentin Lemenu), sa “pupuce” Mélodie (Linde Carrijn) et leur ami Bjorg (Alexis Julémont), beau gosse et amant de Mélodie. Les deux garçons ripaillent avant de partir en expédition pour s’attaquer à l’ascension d’un des sommets. Le fromage fond et l’odeur empeste bien vite toute la salle des Riches-Claires.

C’est que Manu Lepage, le metteur en scène de la pièce qui se crée sous nos yeux, tient à l’authenticité des ambiances et des lieux. Ainsi, en terme de scénographie, il veut “une montagne énoooorme”. Mais toujours en attente d’une réponse à sa demande d’aide à la création, il éructe  : “J’en ai marre d’avoir de petites subventions pour une petite pièce avec de petits talents, etc. C’est le combat d’une vie !” Alors, faute de moyens, “pour aujourd’hui, ce sera une table avec de la frigolite”. Manu prend place derrière la console de la régie tandis que Linde s’attelle au bruitage afin de recréer l’ambiance des cimes. Friedrich et Bjorg arrivent sur scène, piolet à la main, s’enfonçant dans la neige-frigolite. Et c’est drôle, terriblement drôle  !

Des peaux de bananes

Forts de leur expérience de théâtre de rue, Les Vrais Majors sont particulièrement à l’aise avec le public qu’ils n’hésitent pas à solliciter. Surprenants et inventifs, ils parviennent, tout en auto-dérision, à dépeindre les obstacles, galères et absurdités de la vie d’une compagnie de théâtre, en glissant ci et là quelques peaux de bananes à l’attention de nos dirigeants politiques.

Du mime, des accessoires simples, de la musique, des bruitages, du talent, de la générosité, La montagne est un savoureux cocktail de bonne humeur et de légèreté qui nous rappelle ô combien ça fait un bien fou de rire.

Bruxelles, Les Riches-Claires, jusqu’au 30 mars. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur www.lesrichesclaires.be