Scènes

Le Festival de Liège montre à Bruxelles "The Wedding", jouissive relecture de Brecht par le Lituanien Oskaras Korsunovas.

Le Festival de Liège continue jusqu’au 23 février avec son cortège de belles surprises et de créations (ne pas rater le Géorgien Data Tavadze encore ce week-end). Le public a pu ainsi rire, d’un rire grinçant, à Wedding, la relecture de La Noce chez les petits bourgeois, la pièce écrite par Bertolt Brecht quand il n’avait que 21 ans et dévoilée après sa mort. Elle reste très actuelle.

Le grand metteur en scène lituanien Oskaras Korsunovas, 49 ans, l’a adaptée à sa Lituanie natale et à notre temps. Après avoir été jouée à Liège, la pièce est venue au National, jouée y compris le jour de la Saint-Valentin. Un pied de nez de plus à une certaine idée de l’amour.

Du riz à jeter sur les mariés

Une formidable brochette d’acteurs (c’est eux la révélation de la pièce) emmènent le public à une noce. On a distribué du riz à jeter sur le jeune couple en criant tous « Vive les mariés ». Une petite fille délurée (formidable actrice comme sa mère acariâtre) répète que c’est l’amour le plus important.

© Tomas Ivanauskas

Mais réunis à la table des noces, les invités n’ont rien à se dire. Puis peu à peu, les masques tombent. Dans cet univers bourgeois étriqué, fait de pures conventions, il n’y a pas de place pour la vraie vie et chacun en a gros sur le coeur. Les apparences qui régnaient jusque là en maître vont éclater. La mère de la mariée tire la tête, le père veut sans cesse raconter des anecdotes et des blagues sans intérêt, interrompu par sa femme.Tout le monde boit trop, la fillette roule sous la table, faire de galipettes avec un invité surprise. L’ami flirte avec la femme de l’autre, un autre se dévoile en champion de kung fu (un grand moment) etc.

Les barrières bourgeoises s’effondrent devant les jalousies, le désir, l’égoïsme. Les meubles en sont l’allégorie: la femme est si fière de son mari qui a fait tous leurs meubles de ses mains, car bricoler est déjà un acte de rébellion dans ce milieu de traditions et de marques extérieures de richesse. Mais au fur et à mesure de la noce, la table et les chaises se cassent, comme s’effondrent les illusions du couple.

© Tomas Ivanauskas

De temps en temps pointent les particularités lituaniennes rappelant que ce pays fut occupé pendant plus de 60 ans par les Russes comme par le Nazis.

Même si la pièce perd parfois de son intensité et se répète, le public rit beaucoup, et d’autant plus quand sur scène la noce devient tragique. Il est transporté par le savoir faire de Korsunovas et aidé par des acteurs fabuleux et une musique pop entraînante.


  • Encore ce vendredi au Théâtre national, Bruxelles. 
  • Festival de Liège, jusqu'au 23 février : www.festivaldeliege.be