Le son d’une guitare. Un éclairage bleu sur le fond du plateau du Théâtre des Galeries : la mer. Arrêt sur image : ils sont dix sur scène, neuf comédiens et le musicien Luc Van Craesbeeck. Un premier personnage, Jean Tarrou – interprété avec justesse, entre détermination et désespoir, par David Leclercq – prend la parole : “Ce qu’on apprend au mileu des fléaux, c’est qu’il y a chez l’homme plus de choses à admirer qu’à mépriser”. Nous sommes dans les années 40 à Oran, en Algérie, “ville laide” de la côte écrasée par la chaleur et “où l’on s’ennuie”. Le docteur Bernard Rieux (incarné avec placidité par Sébastien Hébrant) enchaîne : “À Oran, un malade est vite isolé […]. Tout commence le matin du 16 avril”… Il lui est arrivé “un événement étrange” : il vient de buter dans un rat mort, s’inquiète-t-il auprès du concierge de l’immeuble, M. Michel.

Récit et mise en scène fluides

Après avoir adapté Le Journal d’Anne Frank, Fabrice Gardin, dramaturge et metteur en scène, s’attaque au volumineux roman (336 pages) La Peste d’Albert Camus. Le pari est osé – Fabrice Gardin le confiait il y a peu : contrairement à La Chute, L’Étranger ou Caligula, La Peste a été très peu monté au théâtre –, mais il le relève avec intelligence et humilité. Désireux que son travail soit à la portée de tous les publics, y compris les scolaires, il livre une version didactique et sans fioritures. La pièce démarre par un prologue qui permet de planter le décor et situer l’action. Là où l’œuvre de Camus est divisée en cinq chapitres, Fabrice Gardin opte pour la fluidité du récit en alternant dialogues et inserts en style indirect. Une fluidité que l’on retrouve dans la scénographie, signée Lionel Lesire, qui a imaginé le plateau divisé en deux cubes qui, au fil des scènes, sont occultés par deux parois coulissantes permettant de passer d’un lieu à l’autre (le cabinet du Dr Rieux, un bar,…).

Dès l’entame de la pièce, la musique fait partie prenante, marquant un tempo récurrent, métaphore de la situation : alors que l’épidémie de peste empire de jour en jour et que les autorités semblent ne pas prendre la mesure de la catastrophe, l’inquiétude gagne la population. Servie par une belle distribution de comédiens (Toussaint Colombani, Fabio Zenoni, Ronald Beurms, Freddy Sicx, Bruno Georis et Frédéric Clou), cette version de La Peste permet à tous, tant aux spectateurs avertis qu’à ceux qui ne connaissent pas le roman, d’apprécier l’œuvre de Camus. Et surtout de se rappeler que l’homme demeure un levier d’action et de résistance indispensable, rempart contre la montée des extrêmes tapis dans les recoins de l’Histoire.

Bruxelles, Théâtre des Galeries, jusqu’au 17 novembre. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou sur www.trg.be