Le conte de Perrault revisité par Clara Le Picard et commenté par la petite Margot qui jouait dans "Les Damnés".

Dans sa petite robe éthérée, Margot, du haut de ses neuf ans, s'apprête, en cette symbolique Chapelle des Pénitents Blancs , à regarder "De l'imagination", une mini comédie musicale de Clara Le Picard, un des spectacles pour enfants programmés dans le "In". Le théâtre, elle connaît. Non seulement ses parents sont dans le métier mais en outre, elle vient de jouer un des enfants dans "Les Damnés" d'Ivo van Hove, spectacle d'ouverture dans la Cour d'honneur du palais des Papes. Rien de moins. "Je trouvais cela bien, impressionnant de jouer devant deux mille personnes. La première fois, j'ai eu le trac. Moi j'habite à Saint-Martin dans le Luberon. Ce sont des amis de mes parents qui nous ont parlé de ce projet. J'ai passé un casting et j'ai été prise. "

Et le spectacle, qu'en a-t-elle pensé ? "Ca va, c'était bien. Mes parents me l'ont expliqué avant. C'était un peu violent tout de même. J'aimais bien les acteurs. Denis Podalydès était bien et Adeline, qui jouait ma mère. Il y a des soirs où on a eu très froid dans la Cour d'honneur...."

Nous continuerons notre conversation à la sortie de la représentation. Clara Le Picard vient d'arriver sur le plateau et se présente : "Je suis auteure, metteure en scène, comédienne et chanteuse. J'ai reçu une lettre non signée accompagnée de ce pli cacheté. Je vais l'ouvrir devant vous" déclare-t-elle en enfilant des gants pour se protéger au cas où l'enveloppe serait empoisonnée comme dans un certain "Nom de la Rose". Le pli contient une nouvelle fin du conte de Charles Perrault, "La Barbe bleue", dans la grande tradition, initiée par Joël Pommerat avec le talent que l'on sait, des contes pour enfants revisités, au début ou à l'issue réinventée.

Trop didactique

Il s'agit cette fois de ne plus fuir avec la fratrie et de rester de la sorte dans l'enfance, mais bien d'entrer dans le monde adulte et de psychanalyser Barbe bleue pour qu'il comprenne qu'il ne se débarrassera pas de ses démons en tranchant les gorges de ses épouses successives.

Clara Le Picard convoque alors un pianiste et une danseuse pour initier la comédie musicale et alterner sans cesse entre l'action et la répétition, histoire de dévoiler quelques-uns des codes du théâtre, de nommer le ton années 20, la musique de Debussy où la danse façon Isadora Duncan. Une manière intelligente de livrer quelques clés, non ensanglantées cette fois, aux enfants avec le risque, cependant, d'épouser une forme très (trop) didactique. Dire aux enfants de rêver tout en revenant sans cesse à la réalité relève du paradoxe. Peut-être eut-il mieux valu, après l'introduction humoristique et contemporaine, oser entrer ensuite dans le chant lyrique et la danse contemporaine quitte à revenir au quotidien ensuite. La proposition de Clara Le Picard n'en reste pas moins de belle facture et a surtout séduit notre petite voisine, "parce que j'aime bien les énigmes" nous dit-elle.

A la sortie, sa mère, Charlotte la récupère et nous parle de l'expérience des "Damnés" qu'elle a par ailleurs adoré comme tout le monde ici à Avignon. "Ce n'était pas évident. Lorsque le mistral soufflait, ils devaient mettre des couvertures quand ils ne jouaient pas et attacher les micros avec des sparadraps qu'il fallait arracher ensuite. Il y avait aussi la fatigue, le stress à gérer. Puis des explications à donner. Par rapport au fils pédophile qu'elle voyait comme un gentil. Et à la troisième partie que les enfants n'avaient pas le droit de voir car elle est trop violente. Mais l'interdit l'est parfois plus encore comme le montre La Barbe bleue ".