Scènes Caroline Taillet évoque la bisexualité avec fraîcheur et profondeur. Création au Poche.

Quatre personnages secoués sur quatre caisses. Deux devant, deux derrière. Les parents et les enfants. En quelques secondes, le ton et la destination sont donnés. Ce sera le Languedoc. "Il" ou "Elle" ? Première question moins innocente qu’il n’y paraît… "Il faut, précise le paternel, demander s’il s’agit d’un personnage réel ou imaginaire." Imaginaire. "Saint-Nicolas !" s’écrie alors le grand frère. Au grand dam de sa petite sœur, huit ans, l’âge des premières désillusions, où l’on apprend que tous les parents ont choisi de mentir à leurs enfants. Quatre comédiens, vingt personnages, dix-neuf séquences et soixante minutes, "La Théorie du Y" souffle un vent de fraîcheur sur le Théâtre de Poche après le véritable coup de poing de "Plainte contre X". Que nous réserve donc "Z" ? serait-on alors tenté de se demander.

Pourquoi choisir ?

Pour l’heure, place à l’"Y", à ses deux branches cruciales, à cette croisée des chemins où doivent se faire des choix déterminants, entre le vice et la vertu.

A neuf ans, Anna, vraie boule d’énergie, une Léone François ingénue, avec ses deux tresses et ses airs de ne pas y toucher, ne se pose pas ce genre de questions. Elle suit ses parents sur la route macadamisée. L’envie de contourner les règles viendra quelques années plus tard, vers 13 ans, quand naissent les tentations. A 16 ans, les doutes, les désirs, les envies se bousculent. "X" ou "Y" ? Pourquoi choisir ? L’amour est-il une question de sexe ? Partagée entre son petit ami, désinvolte et sensible Colin Javaux, et la flamme de sa meilleure amie, incarnée par Violette de Leu de Cecil qui passe du rôle de mère à celui de copine avec aisance et maturité, Anna cherche son identité sexuelle. Et dote, à l’heure du coming out (ou du coming in ?) cette douce comédie d’un zeste d’amertume, en jouant avec les pans de sa robe pour mieux changer d’apparence.

Premier texte et première mise en scène de la jeune Caroline Taillet, romaniste et comédienne, "La Théorie du Y" prône avec délicatesse la liberté d’aimer deux sexes à la fois. Vive, tonique et humoristique, elle sensibilise, sous ses allures de robes légères une jeunesse concernée par la question. Il ne serait pas étonnant que "La Théorie du Y", très "jeune public", soit sélectionné pour les Rencontres de Huy. C’est tout le bien qu’on lui souhaite.

Bruxelles, Poche, jusqu’au 19 mars (02.649.17.27, www.poche.be). Aux Riches Claires, du 2 au 7 mai (02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be). Namur, Jardin Passion, du 23 mars au 2 avril (www.theatrejardinpassion.be).