Le délire de Jean-Pierre Orban

Scènes

Luc Norin

Publié le

L’été dernier, au festival de Seneffe, entre les colonnes du petit théâtre XVIIIe, apparaissait pour la première fois l’étrange "Monsieur" de Jean-Pierre Orban, mis à la scène par Monique Dorsel, et interprété par Luc Vandermaelen. Le revoici au 30 rue d’Ecosse, dans la petite salle rénovée, à l’étage. Les murs gris clair, les sièges dégagés, le faux grenier où grimpe le regard et d’où tombent les lumières : tout ici invite à exploiter le potentiel de l’imaginaire.

C’est bien ce que fait Monique Dorsel. Nous savons le parti qu’elle tire de l’espace exigu de chaque repas-spectacle pour y installer la dynamique de ses mises en scène. Mais la vastitude et la nudité d’un plateau constituent un autre défi encore. Elle le relève ici en exploitant toutes les dimensions du lieu. Autour du grand fauteuil rouge et vide donnant à Luc Vandermaelen une ampleur et un mouvement qui quadrillent sa parole, la nouent, la multiplient. Une parole à transformations, réflexions et volte-face.

Belgique en bord d’histoire

Jean-Pierre Orban qui aime sa patrie, la Belgique, et se préoccupe de sa destinée, avait déjà écrit plusieurs paraphrases qui la concernent. Parmi ses textes pour le théâtre, "Entendez-vous la mer ?" (monté à Seneffe en 2005) s’est retransformé en "Monsieur" qu’il situe dans un port : Anvers.

Bruitages et musiques d’Alain Pierre donnent à ce port une présence diffuse. Luc Vandermaelen n’a plus autre chose à faire qu’à y développer son délire. On y entre. Mieux : on y est happé. Et interrogé. De fond en comble. Dans un tourbillon de paroles qui fouillent notre vie, nos motivations, nos démissions, nos rêves : l’étendue de notre condition humaine. Et, en elle, notre identité. Qui sommes-nous ? Et qui est ce Monsieur auquel s’adresse Vandermaelen ? Dieu ? moi ? vous ? Que trouve-t-on sur ce parcours ? Nos rapports avec nous-mêmes, à travers l’art, et avec ce miroir qu’est le théâtre. Délire, situé entre attente et constat d’échec.

Shakespeare et Beckett sont ici présents, ô combien ! La folie du Roi Lear devient celle qui attend Godot. Et Luc Vandermaelen incarne cette folie-là jusqu’en son propre sang. Peut-être le rôle de sa vie !

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