Les fans de l’humoriste n’osaient plus trop y croire. Huit ans après avoir quitté la scène, Muriel Robin a fait son grand retour. Elle sera sur les planches de Forest National ce mercredi soir (complet). Ses paroles affluent tels des torrents, son dynamisme n’a pas pris une ride, ses respirations restent minutieuses et ses sourires reflètent – enfin – un sentiment sincère. Certaines répliques et grimaces claquent comme un fouet sur les spectateurs qui l’acclament… debout ! Une ovation largement méritée pour celle qui a délaissé les sketches classiques pour raconter sa vie, le cancer de son père, l’Alzheimer de sa mère, l’absence de tendresse maternelle, sa longue dépression, ses rencontres et son tempérament.

“Je suis de la porcelaine dans un magasin d’éléphants, mais je vais mieux depuis que je sais que je suis fragile”, nous confie l’humoriste qui nous faisait pourtant davantage penser à un roc. Mais ça, c’était avant. Avant une longue thérapie pour vaincre son interminable burn-out. Le temps de régler ses problèmes. “Après tant d’années d’absence, il fallait que je revienne en force, avec un bon spectacle à la hauteur des attentes. J’ai mis de côté les sketches écrits pour proposer du fond dans un souci de vérité sur la fille que je ne suis plus vraiment.” Muriel Robin affirme avoir enfin trouvé la tranquillité, et cela se voit, même si elle reconnaît que la Robin un peu dure, garçon manqué, énervée et impatiente fait totalement partie de sa recette comique.

Robin fait son cinéma… sur scène

Pendant 1h45, l’humoriste enchaîne les petits et grands moments de sa vie : du bon petit soldat en famille à l’artiste qui se prépare dans sa loge, elle régale son public de séquences qui ont influencé son parcours d’artiste. Tout est inédit. “Ce retour sur scène est très fort. J’aime retrouver le regard des gens. Contrairement à avant, c’est une relation sincère et chaleureuse…”, ajoute celle qui n’a jamais rêvé d’être seule en scène. Au contraire, elle ne comprenait pas comment un artiste trouvait le courage d’affronter seul un public. Muriel, elle, convoitait le grand écran. Mais le cinéma ne lui a rien proposé entre ses 35 et 55 ans. Ce fut un deuil très dur à faire pour cette artiste reçue, rappelons-le, “première” au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.

Après une telle absence, elle se convainc que son public se pose de nombreuses questions. C’est pourquoi elle les anticipe en évoquant son homosexualité, son physique, sa thérapie au Champagne,… le tout à dose homéopathique, sans en faire un thème à part entière.

Des limites

Peut-on rire de tout ? En pleine saga politico-comique autour de Dieudonné, tout humoriste est invité à se positionner. Muriel Robin place ses limites là où elle est certaine de ne faire du mal à personne. Après avoir joué le Dictionnaire, j’ai retiré la réplique “Je cherche le mot Juif… ‘Joaillier’… bon, on approche ! Un spectateur m’avait envoyé une lettre pour me dire que cette phrase l’avait blessé .”

L’artiste préfère marcher dans les pas de son ami Guy Bedos, qui affirmait que le racisme, ce n’est pas une opinion, mais un délit. Pour Robin, c’est la même chose pour l’antisémitisme…