Scènes

Pour marquer son arrivée à la tête du KVS, Michael De Cock a entamé sa saison avec deux artistes désormais associés au théâtre et qui montrent qu’il veut poursuivre le travail d’accueil de toutes les communautés. Jaco Van Dormael/Michèle-Anne De Mey et leur « Cold Blood » y ont reçu un accueil triomphal. Mardi, il présentait le travail de la comédienne et metteuse en scène Sachli Gholamalizad.

Née en Iran en 1982, elle est arrivée en Belgique à l’âge de 5 ans et est bien connue des téléspectateurs flamands pour avoir joué dans plusieurs séries. En 2013, son spectacle « A Reason to Talk » fut vivement applaudi. Elle y réglait ses comptes avec sa mère et cherchait à connaître les vraies raisons de leur départ d’Iran.

C’est cette quête qu’elle poursuit dans son nouveau spectacle « (Not) My Paradise » créé mardi au KVS à Bruxelles.

Elle s’est rendue en Iran, à Anzali, la petite ville côtière de son enfance. Elle s’est imprégnée de la mer, du rivage, des « ruines » de la maison familiale. Et elle a longuement (trop longuement) interrogé ses oncles, tantes et grand-mère.

Le spectacle est essentiellement la projection du film qu’elle a réalisé à Anzali, film un peu tremblé, minimaliste, donc émouvant façon émission « Strip-tease ».

Merveilleuse grand-mère

On y découvre la vie quotidienne en Iran et des oncles, machos, bien peu sympathiques, empêtrés dans leurs magouilles d’héritage et de coups bas cachés sous des faux sourires. On retrouve aussi une tante plus ouverte qui n’hésite pas à un moment à monter ses seins (au pays du tchador !). Et surtout, on rencontre la grand-mère, personnage extraordinaire qui a souffert toute sa vie des colères et de l’égoïsme de son mari mais garde un sourire et une chaleur humaine magnifiques.

Sachli, elle-même, est sur scène tout le long, belle femme, mais la plupart du temps elle est cachée derrière des rideaux de tulle, à la fois présente et absente à cette histoire de migrants forcés qui est la sienne.

Un récit plein de nostalgie sur l’idée d’exil, sur la vie qui serait merveilleuse à vivre mais qu’on n’a pas, sur sa terre natale que rien ne peut nous enlever, pas même la montée de la mer.

Cette psychanalyse à l’iranienne semble avoir apaisé Sachli et elle vient sur scène joliment danser, chanter très bien, et raconter comment la mise au jour des tourments et secrets de sa famille font partie de son paradis même infernal.

En final, elle est même venue mardi soir chercher sa mère dans le public et danser sur scène avec elle, en signe plein d’émotion de compréhension.

(Not) My Paradise, au KVS à Bruxelles, jusqu’au 24 septembre, surtitre en français, durée : 1h40