Un rocking-chair, un lit à barreaux, une armoire et un vaisselier contenant quelques figurines. Sur le vaste plateau du Théâtre royal des Galeries, le décor de Misery est fin prêt pour recevoir les comédiens et lancer, ce mercredi, après plus de six mois de mise à l’arrêt, la nouvelle saison (la pièce initialement programmée Un petit jeu sans conséquence ayant été annulée et reportée à mai 2021 pour cause de Covid-19).

Réputé pour sa programmation riche en spectacles populaires, au sens noble du terme, le Théâtre des Galeries propose avec Misery un genre moins commun : le thriller psychologique. Et pas des moindres puisque le célèbre roman de Stephen King (publié en 1987) est resté trente semaines sur la New York Times Best Seller List et a été adapté au cinéma en 1990 (valant à Kathy Bates l’Oscar de la meilleure actrice) et au théâtre – William Goldman, le scénariste du film, est également l’auteur de l’adaptation théâtrale.

Le roman pour aider à nourrir le jeu des personnages

Chez nous, c’est Fabrice Gardin qui, pour la première fois en Belgique, porte cet immense succès à la scène. “J’aime les thrillers et les policiers, mais je ne suis pas forcément un fan de films d’horreur. Je n’ai pas lu des masses de romans de Stephen King, mais Misery me trottait en tête parce que ça fait quand même presque 25 ans que j’entends parler de Misery au théâtre, raconte-t-il. Je voyais qu’il y avait des adaptations aux États-Unis, en France et, donc, j’ai demandé que l’on m’envoie le texte. Je l’ai lu et, en fait, c’est un magnifique duo d’artistes. C’est cela qui m’a interpellé. C’est un huis-clos absolument incroyable”.

L’histoire ? Auteur de best-sellers, Paul Sheldon (interprété par David Leclercq) est à un tournant de sa vie et de sa carrière. Il a en effet décidé d’écrire un dernier roman dans lequel il fait mourir l’héroïne qui a bâti son succès : Misery Chastain. Victime d’un accident de voiture, il est recueilli par une ancienne infirmière, Annie Wilkes (dont le rôle a été confié à Cathy Grosjean), qui souffre de troubles mentaux. Fervente admiratrice de Sheldon, elle ne supporte pas qu’il fasse disparaître son héroïne préférée…

© De Bier-Leleux

Si Fabrice Gardin a déjà adapté de nombreuses œuvres pour le théâtre (La Peste, Le journal d’Anne Frank), il fonde, ici, son travail de mise en scène sur l’adaptation américaine traduite en français par Viktor Lazlo. “Les grandes lignes du texte ont été tracées par William Goldman, mais j’ai quand même changé quelques petites choses.” Et d’expliquer : “Avec Cathy [Grosjean] et David [Leclercq], on s’est servis du roman (et un peu du film) pour nourrir les personnages puisqu’y sont développés la jeunesse d’Annie Wilkes, ses soucis, les meurtres qu’elle a commis, etc. Et, partant, éclairer d’une certaine façon Annie Wilkes pour qu’au fur et à mesure de la pièce, on comprenne pourquoi cette infirmière esseulée dans les montagnes du Colorado sombre peu à peu dans la folie, la psychopathie”. Il a également fait le choix de garder le rôle du shérif Buster (Robin Van Dyck). “En France, il a été retiré, mais je trouvais intéressant qu’il soit présent physiquement parce qu’il apporte les nouvelles extérieures et un peu de vent ‘frais’ dans les moments de tension.”

Le son, vecteur de sentiments

Au-delà du jeu des comédiens, un texte vit et transporte le public grâce aux décors, aux costumes, aux lumières… et à l’habillage sonore. Pour Misery, Fabrice Gardin a travaillé en étroite collaboration avec le créateur sonore Laurent Beumier. “Je connais bien la pièce pour en avoir signé une adaptation, Misère, au TTO, avec Alexis Goslain, sourit Laurent Beumier, mais, à dire vrai, ce qui m’intéresse, c’est la fable qu’il y a derrière l’histoire : pourquoi un personnage fait-il tel ou tel choix ? Ici, c’est surtout celui de Paul Sheldon qui m’intéresse : que se passe-t-il dans sa tête au fil de la pièce ?”

Dans un premier temps, Laurent Beumier cherche “du vocabulaire, des sonorités, des sons, pour créer des mots puis des phrases”. “Ensuite, j’assiste à une répétition pour entendre la voix des comédiens, car, selon la sonorité de leur voix ou l’interprétation de leur personnage, on entend divers sentiments.” Il réalise ensuite une conduite avant de venir voir un filage. “Là, j’entends où il faut mettre de la musique, où il faut insuffler une respiration, où il y a un moment charnière à souligner, etc.” Il précise : “Tout l’enjeu est de rester subtil, de ne pas prendre la place des comédiens. De même, le décor sonore doit arriver le plus tard possible pour que les comédiens aient suffisamment fixé leur jeu de manière à ce qu’ils ne jouent pas la musique”. Suspense, drame, joie, colère, tristesse, jalousie…, “la force du son, c’est que c’est un contenant, reprend Laurent Beumier, dans lequel on peut mettre un sentiment”. Allié souvent précieux, le son doit aussi pouvoir être utilisé avec parcimonie, car “il doit remplir le silence et non le tuer”.

Bruxelles, Théâtre des Galeries, du 21 octobre au 15 novembre. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou surwww.trg.be