Les têtes voilées remplacent parfois les têtes blondes au premier rang des Rencontres de Huy. Et des réfugiées afghanes, albanaises ou encore irakiennes assistent à certains spectacles suivis d'ateliers grâce à l'animation "Spect'acteurs" mise en place par le Service jeunesse de la Province de Liège. Une très belle initiative qui permet aux réfugiées du centre d'accueil de Jalhay, par exemple, d'aller au théâtre, de rencontrer les artistes à l'issue de la représentation, de débattre avec leurs animateurs puis de laisser des verbes tels que "vouloir" ou "pouvoir" au "Bar à traces".

Au Bar à traces

Accoudées à cette belle haute table noire rehaussée d'un écran où défilent les spectacles, ces jeunes filles qui , voici six ou neuf mois, ne parlaient pas un mot de français, nous parlent volontiers du "Tribun", un spectacle ardu de Mauricio Kagel pour un orateur politique assoiffé de pouvoir exhortant le peuple à le suivre assidûment. Un propos qui ne peut les laisser indifférentes. "C'est un spectacle sur le pouvoir et le vouloir", nous dit la douce Tamkin, âgée de 16 ans, et arrivée d'Afghanistan en décembre dernier, avec ses deux soeurs et sa maman.

© Gilles Destexhe

"J'ai trouvé bizarre la dame au synthé. Lui faisait comme s'il avait le pouvoir sur tout. Je ne comprends pas que cette femme se laisse traiter de la sorte. Pour moi, les gestes étaient intéressants aussi car je ne parle pas le français. Alors aujourd'hui, j'ai appris les mots avec des gestes. Le théâtre permet de mieux apprendre la langue. J'aime le théâtre. J'ai aussi vu le spectacle de l'école et je l'ai trouvé magnifique, avec la danse et les chants."

Effrida, âgée de 15 ans, originaire d'Albanie et arrivée en Belgique en septembre, a également apprécié et compris "Le Tribun" mis en scène par Margarete Jennes. "S'il veut quelque chose, il peut. Il a le pouvoir sur tout. J'aimais ces pas de danse et la tapis rouge en croix."

Parler du suicide

Foulard toujours aussi fleuri et sourire au rendez-vous, on retrouve Tamkin, passionnée de théâtre, le lendemain à la représentation d'"Accident de personne" (en photo ci-dessous), un texte percutant de Marie Limet sur le suicide.

Tamkin se demande pourquoi la comédienne boit de l'alcool. "Parce qu'il existe plusieurs manières de se suicider. L'alcool, c'est un suicide à petit feu", explique l'auteure et metteure en scène à la jeune fille. "Pourquoi elle tomble sans cesse par terre ? Cela m'a choquée quand elle tombait", dit encore Tamkin, de religion musulmane.

© Valérie Burton / Province de Liège

"Dans ma religion, le suicide est interdit. Il faut lutter", nous dit-elle encore. "Le suicide est mal accepté chez nous." Pourrait-on parler de suicide ou de désespoir au théâtre en Irak ou en Afghanistan ? En Irak, oui. En Afghanistan, c'est plus difficile, nous répondent les jeunes filles. Tamkin, pourtant, aimerait qu'on monte une pièce de théâtre sur Farkhenda, une jeune fille lapidée. "Je veux faire une pièce sur elle", nous dit-elle, déterminée. Un voeu qui en dit long sur l'intérêt de l'animation "Spect'acteurs"