Un commentaire de Laurence Bertels, envoyée spéciale à Avignon.


Comme au Festival de Cannes, peut-on parler de Belgian loving à Avignon ? Assurément. Avec six spectacles dans le "In", qui tous sans exception, rencontrent l'approbation, on peut, sans hésitation, parler d'année belge à Avignon. Petit bilan avant la fin des festivités maintenant que tous les Belges du "In" ont livré leurs secrets. Pour répéter que l'engouement est général. Qu'il s'agisse de l'incroyable spectacle d'ouverture d’Io van Hove, ces "Damnés" pour lesquels toute la presse fut dithyrambique, de "Rumeur et petits jours" dont la tonalité radiophonique, surréaliste et politique réjouit les esprits ; de la soirée "XS" initiée par le National l'an dernier, un espace de respiration bienvenu qui promet de belles perspectives au spectacle "Axe" des excellents comédiens Agnès Limbos et Thierry Hellin, burlesques à souhait dans cette tranche de vie délirante de couple vieillissant.

Qu'il s'agisse encore de Lisbeth Gruwez dont notre confrère Guy Duplat a vanté les qualités, du déjanté "Het land Nod" de FC Bergman qui comble les spectateurs de bonheur ou encore et surtout de "Tristesses" de Anne-Cécile Vandalem - nominé meilleur spectacle du prix de la critique 2016 - qui est, ni plus ni moins, la révélation de l'Avignon 2016. Une belle carrière internationale s'ouvre en effet à notre compatriote dont le thriller politique et très cinématographique traite lui aussi de la montée de l'extrême droite avec autant d'efficace délicatesse que de tristesse contenue.

De côté des Doms, vitrine de la Communauté française à Avignon, la cuvée 2016 se boit elle aussi avec délectation surtout pour "Going Home" de Vincent Hennebicq, "Mange tes ronces!" de la Compagnie Brigand Rouge et "Décris-Ravage" d'Adeline Rosenstein.

Pourquoi un tel succès, côté wallon et flamand ? Pour la tonalité assurément différente des spectacles belges. Pour leur audace sans cesse renouvelée, pour leur point de vue déplacé sur l'échiquier théâtral, pour cet ailleurs intérieur qu'ils viennent déposer sur les planches, pour ce jeu mesuré lui aussi, d'un naturel parfois déconcertant, et pour cet engagement qui confirme, comme le conçoit Fabrice Murgia, le nouveau directeur du National, que le théâtre ne doit pas divertir mais bien distraire du monde.

Une ligne de conduite ici à Avignon.