Il l’avait confié dans nos colonnes : il se refuserait à tout “classicisme outrancier” dans sa mise en scène des Caprices de Marianne (1833) d’Alfred de Musset. Pour qu’une œuvre traverse le temps, il importe en effet qu’elle puisse continuer de faire écho à l’époque où elle est diffusée. Et le travail d’Alain Leempoel sur ce classique romantique s’inscrit totalement dans cette dynamique.

L’épais rideau de velours carmin se lève sur la scène du Théâtre royal du Parc. Une immense croix en bois est suspendue au-dessus du plateau. Un voile de poussière flotte dans l’air. Deux ponts en demi-lune s’entrecroisent sur un sol jonché de copeaux de bois. Et un chant corse envahit le silence de la salle. Car c’est bien là, sur cette île, majestueuse et aride de l’entre-deux-guerres, qu’Alain Leempoel a décidé d’ancrer ses Caprices de Marianne, en lieu et place du Naples des années 1830 dépeint par Musset.

Les offices religieux rythment la vie âpre et monotone des insulaires, quand la jeunesse cherche à s’évader en s’enivrant de vin bon marché et d’amour. Épris de la belle Marianne (Stéphanie Van Vyve), Coelio (Fabian Finkels) a usé de tous ses charmes (lettres, sérénades sous la fenêtre de sa dulcinée,…) pour tenter de la conquérir. Rien n’y fait, pas même par l’entremise de la vieille Ciuta (Jacqueline Nicolas). Marianne, sortie du couvent, “aime son mari et ferme la porte à tous les jeunes gens de la ville”, se désole Coelio. La jeune femme est en effet l’épouse du puissant juge Claudio (Philippe Jeusette) et lui voue un amour fidèle. Mais c’était sans compter sur Octave (interprété avec entrain et malice par Tristan Schotte) missionné par Coelio pour plaider son amour. Pourtant, c’est d’Octave que Marianne tombe amoureuse tandis que Claudio, fou de jalousie, envoie des spadassins pour assassiner celui qui deviendrait son amant…

Humour fin et souffle de tragédie

En choisissant la Corse du début du XXe siècle pour faire évoluer la trame de cette histoire romantique, Alain Leempoel a trouvé le bon écrin pour mettre en valeur l’écriture ciselée, poétique, douce et puissante à la fois de Musset. Qui s’apprécie d’autant plus que les comédiens offrent au public un jeu juste, maîtrisé et mesuré entre humour fin et souffle de tragédie.

Sans jamais verser dans l’ostentatoire, la mise en scène suggère davantage qu’elle ne montre, assortie d’une scénographie épurée (de Catherine Cosme) et d’un univers musical unique : des polyphonies corses, la plupart du célèbre groupe I Muvrini, dont une est interprétée en live par cinq comédiens – chapeau bas !

Bruxelles, Théâtre du Parc, jusqu’au 4 avril. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be