Scènes La création onirique, esthétique et répétitive de Yoann Bourgeois est à voir à Namur et à Mons.

Le pouvoir de l’imagination prend des chemins parfois inattendus. Il suffit, par exemple, d’apprendre qu’un escalier - scala en italien - mène au ciel, vers l’infini, dans le nouveau spectacle de Yoann Bourgeois, pour imaginer que tel Sysiphe et son rocher, les artistes ne vont cesser de l’escalader. C’est oublier le caractère ludique de l’acrobate, acteur, jongleur et danseur jurassien, son inversion des codes, son rapport à la pesanteur et le don de cet enfant prodige pour surprendre, surtout ceux qui le découvrent. Comme une partie, sans doute, du public namurois, mercredi soir, très enthousiaste à l’issue de la première de Scala au Théâtre royal, écrin de choix pour ce spectacle très théâtral. 

Chutes et rebonds à la façon du wakouwa

Pour qui aura vu, entre autres, L’Art de la Fugue, un moment de grâce porté par la partition de Bach, articulé, comme ici, autour d’un axe central, l’avis sera plus réservé malgré une pleine admiration pour le professionnalisme et la précision de ce nouvel opus, porté cette fois par les musiques de Radiohead et de nombreux silences, basé sur les chutes, celles dont on se redresse, à l’image du jouet suisse que tout le monde connaît, le wakouwa, petit objet en bois articulé qui permet d’animer des figurines avec un bouton poussoir. Qui, dès lors, se construit et se déconstruit. Comme encore ces chaises qui ne cessent de se casser, puis de se relever, en un temps cyclique, imitées ensuite par les acrobates, pantins désarticulés cherchant à repousser l’inéluctable. Ou ces trappes, si propres au théâtre, La Scala-Paris, en l’occurrence, nouveau lieu privé pour l’ouverture duquel a été conçue cette création. 


Dans un décor d’un bleu profond et nuancé, digne de ceux d’Yves Klein, un balayeur, en chemise à carreaux, nettoie le plateau. Soupçon de tristesse. Habillé comme lui, son double, son alter ego, le rejoint, épousant ses gestes. Côté cour, une table, deux chaises, des cadres qui, eux aussi, ne cessent de tomber, et un homme qui rentre chez lui sans savoir exactement où il se trouve. D’autres acrobates les rejoignent, marchent et chutent. Puis rebondissent sur ce trampoline bien caché au sol. Un agrès très prisé par Yoann Bourgeois. 

Découpant l’espace en deux, l’escalier offre une lecture symétrique de Scala. Les artistes se l’approprient, se moquent du ciel où il ne mène pas, et, assis, le descendent marche après marche, à plusieurs reprises. "Suspension, chute, relevé, réversibilité du mouvement sont des motifs que je décode", nous avait déclaré le metteur en scène lors de notre entretien (voir La Libre du 4 janvier). Parole tenue pour un spectacle onirique, hypnotique, répétitif, à l’intersection de tous les genres.

Un rêve éveillé auquel on assiste, ou participe, selon, joué dans un univers froid et distancié auquel semble manquer ce supplément d’âme qui fait la différence.


  • Namur, Théâtre royal, jusqu’au 12 janvier. Durée : 1 heure. Infos & rés.: 081.226.026, www.theatredenamur.be
  • Ensuite à Mars, Mons arts de la scène, les 15 et 16 janvier - www.surmars.be