Désigné en avril 2015 comme successeur à Isabelle Jans à la tête du Théâtre des Doms, et entré en fonction le 1er septembre, Alain Cofino-Gomez est avant tout auteur et dramaturge. “J’écris du dire”, notait-il dans une notice biographique en 2007. Il a finalisé ses commandes en cours avant de se propulser dans sa nouvelle tâche – distincte pour cause d’énergie pleinement nécessaire autant que par éthique – qui, confie-t-il, absorbe toutes ses pensées.

Alors que s’achève “son” premier Festival d’Avignon (jusqu’au 27 aux Doms, jusqu’au 30 pour l’ensemble du Off), le nouveau directeur revient sur trois semaines très particulières. “On voit arriver par vagues les curieux, les amateurs, les professionnels, et tout du long on communique à 100 %. Même s’il y a de petites variations (avec nos partenaires en danse, en musique, en cirque), je défends l’ensemble de la programmation pendant un mois.”

Regard neuf

De l’édition précédente, suivie en observateur, il a tiré des enseignements “très techniques et pratiques”. “J’ai voulu comprendre ce que la programmation, prise comme un tout, racontait. J’ai vu tous les spectacles en un jour, puis me suis demandé comment raconter quelque chose qui me ressemble, comment trouver les spectacles qui me permettent de construire mon propre rythme.”

Comme chaque année, les candidatures ont afflué pour l’édition 2016, jusqu’à aboutir à une programmation de 14 propositions dont 7 enchaînées du matin au soir aux Doms même.

© Racasse Studio

“Certaines choses sont arrivées sans trop les réfléchir”, dont le fait que cohabitent dans cet éventail grandes et toutes petites structures de production. “Une variété de dimensions” qu’Alain Cofino Gomez attribue à son regard neuf sur les spectacles vus. Et qui a eu pour corollaire inattendu des aides, des échanges, des vases communicants entre les équipes artistiques. “Le festival Off aux Doms est devenu un endroit où le milieu s’entraide. Et où le cloisonnement – idiot – entre grands et petits devient caduc.”

Les missions, au sens large

“Mon propos, à l’année, est que la diffusion – mission importante des Doms – ne se limite pas à la vente de spectacles, mais fasse éclore et bouillonner les échanges, les rencontres entre artistes, les réseaux.”

Cette vision, précise-t-il, “vient de ce que je ne suis pas un programmateur (c’est ma première direction) et que je suis un artiste”. Elle fait aussi partie de ses projets pour les Doms, avec notamment à la rentrée une “super-résidence” : “Deux Avignonnais, deux Picards, deux Belges francophones, qui travailleront ensemble à Amiens puis ici, sur la question du In et du Out, développée par Isabelle Bats avec l’Université d’Avignon.” Venir au Doms n’est ainsi pas une simple parenthèse pour les artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais l’occasion de nouveaux contacts : la vraie “valeur ajoutée” de ce “Pôle sud de la création en Belgique francophone”. “Pourquoi le Théâtre des Doms est-il si bien implanté à Avignon ? Parce que depuis toujours, dans sa pratique, on fait avec, et pas simplement ailleurs.”

"J'habitais une petite maison sans grâce, j'aimais le boudin" d'après "Spoutnik" de Jean-Marie Piemme. © Alice Piemme

Faire avec, c’est aussi embrasser le risque, qui fait corps avec l’art vivant. Pour Alain Cofino Gomez, programmer un spectacle comme “Décris-ravage” d’Adeline Rosenstein (la question de Palestine à travers l’histoire et de l’art), “forme passionnante et pas vraiment finie”, c’est aussi “proposer une image juste et exacte de ce qui se fait sur les scènes de Wallonie et de Bruxelles”. Ainsi tient-il à faire cohabiter des objets très rodés (“J’habitais une petite maison sans grâce, j'aimais le boudin”, illustré ci-dessus, frôle les 100 représentations) et d’autres plus neufs ou fragiles.

Oser un pas de côté

Si les comptes n’ont pas encore livré de chiffres – la fréquentation s’annonçant dans la moyenne de celle des années précédentes –, “chaque spectacle a rencontré son public, je n’ai aucun doute là-dessus”. Y compris les professionnels en quête de nouveauté.

Avec ses choix plus authentiques que stratégiques, le nouveau directeur revendique sa subjectivité. “Ça permet des paris.”Décris-ravage” (photo ci-dessous) en était un, “Happy Hour” aussi, avec un bel engouement populaire pour de la danse contemporaine dans une forme hybride aux lectures multiples. Ce sens du subjectif, ce goût pour l’étonnement, Alain Cofino Gomez les nourrit et les déploie à l’intérieur du cadre bien défini des missions des Doms. “Je suis d’abord un auteur de commande, familier des contraintes, à l’intérieur desquelles être créatif. Le point de départ, c’est l’inventivité des artistes. À moi ensuite de leur trouver une belle place.

"Décris-ravage" d'Adeline Rosenstein, présenté en fin de soirée aux Doms, rencontre son public. © Mathilde Delahaye

Le Festival d’Avignon pose un contexte de pure stratégie (économie, production, diffusion), or ce lieu, “fort de 16 années de travail de fond sous la direction de Philippe Grombeer puis d’Isabelle Jans, me permet, sur ce socle, de faire un pas de côté. En respectant le budget : penser à l’artistique, être libre et sensible. Peu d’endroits permettent ça. Ma candidature aux Doms allait dans ce sens. J’ai de la chance !”

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