La jeune compagnie Fany Ducat crée aux Tanneurs un huis clos à la temporalité distendue. Concentré-décalé.

Comment l’intime se fraie-t-il un chemin au sein d’un groupe de collègues ? Voilà la question qu’explore – en n’y répondant que par bribes – la jeune compagnie Fany Ducat dans cette création issue d’un travail de fin d’études à l’Insas, intitulé Le Commissariat, et pensé pour être joué dans un couloir de l’école.

Les créateurs (Alice De Cat aux lumières, Charles-Hippolyte Chatelard à la scénographie, Antonin Jenny à la mise en scène, noyau de la compagnie au nom emprunté à un personnage de BD) réinventent ce couloir aux Tanneurs, dont ils utilisent la structure – galerie, portes donnant sur le plateau, grand volet en fond de scène – pour esquisser ce commissariat désuet d’une bourgade au bord de l’océan. D’où Les Falaises du titre. 


Cinq policiers y mettent au point une mission spéciale : récupérer un agent infiltré.

Cependant l’intrigue elle-même se révèle secondaire. Prétexte furtif à déployer un univers qui a tout pour sembler étriqué (les petites habitudes, la bureaucratie) et, par-dessous, aborde les tensions, les attirances, les doutes, les trahisons, les rivalités, les complicités, les angoisses. Le tout dans une temporalité distendue, des années 80 à aujourd’hui - très peu datée cependant autrement que par le visuel, les détails.

Entre abstrait et absurde

Nous voici donc happés dans ce couloir qu’arpentent Claude (Tom Adjibi), Bruno (Antonin Jenny), Bozek (Maya Lombard/Anne-Marie Loop), Denis (Thomas Noël) et le chef (Sacha Fritschké). Leurs déplacements, leurs dialogues, les rares objets qu’ils manipulent sont autant d’éléments concrets pour un spectacle frisant l’abstraction, tutoyant l’absurde et se jouant des codes du polar. 

© Camille Millerand

Ainsi ces Falaises, fortes de l’étourdissante précision de leur écriture, plairont-elles aussi, sinon surtout, aux amateurs de danse, de peinture, de création sonore, voire de cinéma, par la richesse sans ostentation de cet univers où espace, mouvement, son, lumière sculptent un sens au moins aussi pictural que narratif.

  • Bruxelles, Tanneurs, jusqu’au 1er février. En soirée composée avec "Les vieux, c’est horrible" (format XS), d’Eline Schumacher du 28 janvier au 1er février. Infos & rés.: 02.512.17.84 - www.lestanneurs.be