Trente-deux militants catholiques intégristes, qui, à l’origine, encouraient jusqu’à trois ans de prison et 45 000 euros d’amende : pour voies de fait, destructions et dégradations commises en réunion. Mais, vendredi, le tribunal correctionnel de Paris ne les a reconnus coupables que d’entrave à la liberté d’expression. Et les a condamnés à des peines d’amende (fermes ou assorties d’un sursis partiel) allant de 200 à 2000 euros - soit moins que ce qu’avait requis le parquet. Les intéressés vont faire appel.

"Cathophobie, ça suffit !"

En octobre 2011, ces ultra-catholiques avaient mené une croisade contre un spectacle "profanatoire" et "blasphématoire" à l’affiche du Théâtre de la Ville, à Paris. "Sur le concept du visage du fils de Dieu", le nom de cette œuvre du dramaturge italien Romeo Castellucci, montrait un visage géant du Christ, souillé par ce qui était présenté comme des excréments. Trois soirs consécutifs, les protestataires avaient fait irruption dans le théâtre et avaient perturbé la pièce, aux cris de "Votre spectacle, c’est de la merde !", "Cathophobie, ça suffit !", ou "A bas la République". Certains s’étaient agenouillés sur scène pour prier, tandis que d’autres avaient jeté des boules puantes dans la salle.

Lors du procès, en avril dernier, plusieurs prévenus ont déclaré être des sympathisants de l’Institut Civitas. Cette association ultra-catholique revendique de bénéficier de "la bienveillance" de la Fraternité sacerdotale St-Pie X : l’ex-dissidence de l’Eglise catholique, qu’avait fondée l’archevêque traditionaliste français Marcel Lefebvre, avant son excommunication. Civitas, classé à l’extrême droite, prône l’"instauration de la Royauté sociale du Christ" et lutte contre l’"islamisation" de la France, pays à "rechristianiser".

Des "provocations anti-chrétiennes"

Cet institut, qui dit agir "dans le cadre de la stricte légalité", n’a jamais vraiment reconnu être l’organisateur des coups de force contre cette pièce, qu’il a toujours présentés comme "spontanés". Mais, à l’issue de chacun d’eux, il s’est publiquement réjoui : s’est dit fier de cette "belle jeunesse coalisée pour défendre l’honneur du Christ", face aux "provocations antichrétiennes".

Outre lors de cette "affaire Castellucci" - et, plus récemment, par son combat contre le mariage des gays -, ce même Institut Civitas s’illustra, ces dernières années, par sa mobilisation contre deux œuvres culturelles coupables, à ses yeux, de "christianophobie".

La pièce "Golgota Picnic", de l’Argentin Rodrigo García : "ignoble mélange de blasphèmes et de perversion viscéralement antichrétienne", dont les représentations furent, elles aussi, perturbées. Et "Piss Christ" : la photographie "ordurière" de l’Américain Andres Serrano, dont un exemplaire fut vandalisé, lors d’une exposition en Avignon.