Pendant près de trois heures, un public conquis est resté scotché aux textes inusables de Molière joués à un rythme endiablé par de fabuleux acteurs hurluberlus.

Cette version de L’Avare et du Bourgeois gentilhomme prend résolument l’aspect de la farce hénaurme, de l’excès avec des comédiens qui surjouent, multipliant les clins d’oeil, avec un Avare joué par Willy Thomas qui n’a rien à envier à Louis de Funès, dans des costumes qu’on croirait taillés par un styliste sous ecstasy pour les derniers défilés de mode.

Tg Stan n’est pas ici dans l’humour tendre de ses pièces sur Bergman mais sa folie fait tant de bien et nous fait oublier le satané virus.

La force du collectif flamand est de nous rendre un Molière exact, avec son génie, mais ragaillardi. Le collectif est retourné aux textes même, magnifiques, a resserré les pièces, nous les offre de manière toute neuve: parfois les acteurs accélèrent volontairement quand une digression de Molière leur semble trop datée, ou viennent brusquement interpeller le public. 

Distanciation et rapprochement

Leur accent flamand, souvent presque inexistant, ajoute au charme, créant une certaine distanciation d’avec le texte initial et un rapprochement avec aujourd’hui. La modernité iconoclaste de ces textes saute alors aux yeux.

Molière à son époque voulait de même se moquer des tares de ses contemporains par le biais de l’humour. Avec Stan, on rit à nouveau de tous ces fats qui nous entourent, ces prétentieux, ces snobs, ceux aussi pour qui l’argent compte plus que l’amour et les rend idiots et aveugles.

Ce n’est pas parce que la crise de nos sociétés est grave qu’il ne faut pas en rire. Bien au contraire.

Tg Stan est un collectif qui met en avant le jeu des acteurs. Et on découvre – dans ce Poquelin II où les acteurs évoluent sans décors sur des tréteaux posés au milieu de la scène, entourés par les spectateurs – Els Dottermans au grand pouvoir comique et chantant comme une diva, Bert Haelvoet tout aussi drôle et puissant, Damiaan De Schrijver et Jolente De Keersmaeker, des piliers de Stan à nouveau parfaits, même quand ils forcent à dessein le trait, Frank Vercruyssen, Willy Thomas et Stijn Van Opstal.

  • Bruxelles, Tanneurs, jusqu'au 24 octobre. Représentations avancées à 19h30 en raison du couvre-feu. Infos, rés.: 02.512.17.84, www.lestanneurs.be