Où l’on découvre la dimension tragique du destin du footballeur de génie.

Denis Laujol feuillette "L’Equipe". Le temps que les spectateurs prennent place seulement, car il passe rapidement à "So Foot", seul magazine à regarder le football pour ce qu’il est, une théâtralisation de la société. Ce numéro est consacré à Maradona. L’écran au fond de la scène s’allume sur le stade Aztec de Mexico. En 1986, la guerre des Malouines/Falklands n’est terminée que depuis deux ans quand s’affrontent, sur le gazon cette fois, l’Argentine et l’Angleterre. Le football a rarement été autant une prolongation de la guerre par d’autres moyens que ce jour-là. Diego Maradona, à proprement parler un dieu à cette époque, veut l’emporter, coûte que coûte. Cette balle mal dégagée qui tombe en cloche vers le gardien anglais est à sa portée. A portée de main.

Camouflée habilement, la faute qu’il commet en déviant le ballon du poing échappe à l’arbitre. Après-match, Maradona expliquera que ce goal est l’œuvre de la main de Dieu. Ce mauvais geste, comme le coup de boule de Zidane en 2006, la joie de Platini le 29 mai 1985 et bien d’autres, Ollivier Pourriol les a sublimés dans "Eloge du mauvais geste".

Seul regret : Denis Laujol n’en transpose que trois sur scène. Là où l’on n’a vu que le ballon, il joue l’homme. Qui sont-ils, ces fautifs de légende ? Maradona ne se prend-il pas pour un dieu, Zidane, en perdant tout n’a-t-il pas gagné l’éternité, Platini est-il vraiment devenu, comme il le soutient, un homme sur la pelouse du Heysel ?

La tragédie du football

Arrêts sur image, citation des protagonistes, exégèse des phrases concoctées pour expliquer, interprétation des gestes et attitudes,… Denis Laujol décortique ces grands moments de l’histoire du foot et en souligne le tragique, au sens grec du terme. Les analyses sont fines, les raisonnements imparables, l’évidence apparaît. Sauf pour les supporters, bien entendu, qui maintiendront leurs propres versions contre vents et marées, sinon de quoi pourrait-on encore discuter ?

Eloge du mauvais geste, théâtre de la place des Martyrs, jusqu’au 26 mars. Infos et réservation : 02/223 32 08 ou www.theatredesmartyrs.be