Histoire de l’imposture", le nouveau spectacle de la compagnie Mossoux-Bonté, est créé au Théâtre Varia à Bruxelles dans le cadre de la Biennale de Charleroi Danses. Comme toujours avec Mossoux-Bonté, on est dans une forme fluctuante à la frontière du théâtre, de la performance et de la danse, davantage que dans la danse proprement dite.

Les cinq "danseurs" entrent sur scène, depuis la salle, complètement nus, symboles évidents de la "vérité qui sort nue du puits". Ils se placent sur un carré de lumière de 5 mètres sur 5, une scène comme un ring où peu à peu ils s’habillent, ajoutent des couches de vêtements, des vêtements qui sont autant de moyens de jouer un rôle, de paraître, de cacher ce qu’on est, de prendre les postures de l’imposture. On a alors une suite de courts tableaux, comme arrêtés chaque fois par la musique stroboscopique de Thomas Turine.

Les performeurs se figent un instant, les tableaux vivants peuvent se faire drôles, ironiques, rappelant tantôt des situations de tous les jours, tantôt des tableaux anciens, avec les belles robes longues que revêtent les danseuses. Mais le procédé lasse vite et devient répétitif. Heureusement, à un moment, les chorégraphes se lâchent et le jeu devient plus vif, plus spontané, avançant sur une musique rock vers une sarabande forcenée où les danseurs, cette fois, font des bonds, les femmes sautent comme de grands oiseaux avec leurs robes comme des ailes. Une frénésie furieuse comme une tentative de secouer ces faux-semblants de l’imposture.

Mais une tentative vaine sur le fond car le théâtre est toujours, comme le rappelle Patrick Bonté, une "imposture" par essence. La vérité d’un être ou d’une situation est inaccessible. Rimbaud disait que "Je est un autre". On est toujours en représentation, dans le semblant. Et si la vérité est inaccessible, l’imposture, devenant la loi générale, n’existe plus.

En dehors du plaisir de suivre la fin endiablée du spectacle, loin des Mossoux-Bonté habituels d’ailleurs, c’est bien sa limite théorique : comment exprimer qu’on refoule ce qui reste inexprimable ?

Bruxelles, Varia, encore le 30 novembre, à 20h30. Durée : 1h. Infos & rés.: 02.640.82.58, www.varia.be