Enfin une bonne nouvelle dans le marasme culturel actuel!

Nous apprenons à l’instant que les Rencontres théâtre jeune public auront bien lieu. Une annonce qui confirme la volonté de la ministre de la Culture de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Bénédicte Linard et de la Province de Liège de maintenir les Rencontres à tout prix.

«C’est un signal donné au secteur du théâtre jeune public. Face à cette crise inédite, nous joignons nos efforts pour être créatifs et rebondir car nous ne pouvons délaisser nos artistes et ne pouvons pas non plus priver notre jeunesse des outils indispensables à son éveil au monde et au développement de son sens critique. » déclare Bénédicte Linard. «La Province de Liège organise ce rendez-vous fondamental pour le théâtre jeune public depuis 35 ans. La crise sans précédent que nous connaissons actuellement et qui impacte gravement le secteur culturel nous incite à vouloir que ces Rencontres soient, dans la formule qui sera possible pour respecter les règles sanitaires, plus retentissantes et innovantes pour les compagnies et les artistes. Cette édition sera particulière mais nous la voulons rassurante pour ces acteurs fondamentaux de la médiation culturelle » ajoute Luc Gillard, Député-Président de la Province de Liège, en charge de la Culture et de la Jeunesse.

Une annonce qui surprend malgré tout les premiers intéressés, bien qu'ils se réjouissent de la volonté exprimée.

Car si l'intention est là, la question demeure quant à la manière dont se dérouleront les Rencontres.

Sous quelle forme et à quel moment de l'année se tiendra l'événement?

Il se peut en effet, dans le pays surréaliste qu'est le nôtre, que les Rencontres de Huy, qui se déroulent traditionnellement dans la ville mosane à la fin du mois d'août, n'aient lieu ni à Huy, ni en aôut, ni sous forme de Rencontres.... Mais peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse du théâtre jeunesse et que les professionnels - programmateurs belges et étrangers, enseignants, journalistes - puissent découvrir le quarantaine de créations de la cuvée 2020 du théâtre pour l'enfance et la jeunesse.

Du véritable marché que sont les Rencontres, dépendent les deux, trois ou quatre années à venir du spectacle, appelé à tourner dans les théâtres, centres culturels, chez nous comme dans de nombreux autres pays.

Reconnu dans le monde entier, le théâtre jeune public belge s'exporte du Canada au Vietnam, en passant par les pays nordiques, un petit village perdu en Colombie, ou dans l'inaccessible cirque de Mafate sur l'île de la Réunion.

C'est dire si la suppression des Rencontres aurait un impact considérable sur le secteur, déjà en difficulté.

Bourrées massacre

© La Berlue

Cependant, l'événement, orchestré chaque année par la Province de Liège, se tient dans des classes ou halls de sports, réaménagés en salles de théâtre, pour la circonstance, chaque fois "bourrées massacre".

Serrés comme des sardines sur les bancs ou gradins imrovisés, avec un premier rang à même la scène, les spectateurs vivent,une semaine durant, dans une grande proximité, aussi sympathique que chaleureuse, et chaque festivalier étant un acheteur potentiel, les compagnies font, à juste titre, tout pour le laisser rentrer, moyennant les normes de sécurité. Normes auxquelles il faudra ajouter cette année l'adjectif sanitaire et les contraintes désormais connues et considérables qu'il entraîne.

Comment dans ce contexte respecter la distanciation sociale requise ?

Consulté par nos soins, le cabinet reste vague. Les pistes concrètes ne seront clarifiées que lors de la recontre de lundi prochain, entre les différents acteurs concernés.

Toutefois, l'on peut imaginer que si la ministre affirme haut et clair le maintien des Rencontres, elle en a déjà étudié, éclairée par le secteur, la faisabilité.

Depuis le début de la crise du coronavirus, un club des cinq - composé de La Montagne magique, Ekla, Pierre de Lune, La Roseraie et Ithac - , travaille d'arrache-pied, avec les Asspropro,association professionnelle des programmateurs,  pour trouver des solutions.La CTEJ, chambre des théâtres pour l'enfance et la jeunesse est sur le pont.

Quelles solutions sortiront-elles du chapeau lundi ? Des différents moments de rencontres entre septembre et décembre ? Une première partie à Huy fin de l'été, pour certains programmateurs étrangers, une autre à l'occasion de Noël au théâtre ? D'autres temps, entre l'été et la Saint-Sylvestre? Des rencontres sous forme virtuelle? Quid de la séclection préalable pour certaines compagnies qui aurait dû se tenir au printemps ?

Tout paraît envisageable et il semble se confirmer, comme nous l'avions déjà annoncé dans nos colonnes, que l'entièreté des créations 2020 sera bel et bien présentée cette année-ci, afin d'éviter un gigantesque embouteillage en 2021.

Consulté par nos soins, le cabinet de la ministre de la Culture, Bénédicte Linard, nous confrme que les différentes pistes seront étudiées lundi : "Le travail se poursuit en concertation avec le secteur. On peut envisager plusieurs pistes, dans la forme et dans le temps. La volonté de trouver des solutions créatives existe. Nous voulions déjà donner un signal fort car ll existe une réelle demande du secteur par rapport à l'attitude des pouvoirs subsidiants. Tant du côté de la Province de Liège que de la Fédération Wallonie-Bruxelles, il y a une volonté de travailler ensemble, mais nous ne connaîtrons les scénarios plus précis que lundi 4 mai " nous dit Nicolas Parent, porte-parole du cabinet. Il est indispensable, qu'on puisse trouver des solutions pour que ce moment de visibilité incontournable puisse continuer à s’organiser."

Du côté des compagnies

Très étonnée par cette annonce, Virginie Devaster, directrice de la CTEJ (Chambre des théâtres pour l'enfance et la jeunesse) se réjouit et dt être impressionnée par a volonté affirmée de la ministre et de la Province de Liège de maintenir les Rencontres. "Nous ne savons toutefois pas sous quelle forme elles auront lieu. Nous en saurons plus lors de la réunion de lundi. Il faudra en tout cas assurer une visibilité des spectacles, leur mise sur le marché et le confort des spectateurs. On attend donc les propositions. On trouve super, en tout cas, que les pouvoirs subsidiants se soient battus et on peut imaginer ensemble d'autres moments pour revoir les spectacles dans d'autres conditions. Beaucoup de questions se posent cependant quant à la possibilité de répéter."

Depuis l'annonce du maintien des Rencontres, les réseaux sociaux s'activent.

"Nous sommes un peu surpris par cette annonce, même si nous sommes heureux d'être soutenus, car nous ne savons pas du tout comment cela va se passer, nous dit Alain Moreau, du Tof Théâtre. Ni si les compagnies, qui ont dû interrompre brutalement leur création, auront bénéficié du temps nécessaire pour répéter. Qui, en outre, va venir à ces Rencontres, alors que les événements publics sont interdits jusque fin août? A qui vont-elles s'adresser? Nous avions déjà malheureusement, contraints et forcés par l'actualité, fait une croix sur Huy. L'événement, s'il a bien lieu, devra s'organiser en concertation avec les différentes compagnies en fonction de leurs réalités. Il est vrai que pour certaines d'entre elles, l'annulation de Huy entraînerait un dépôt de bilan. Pour des compagnies plus stables, comme la nôtre, qui ont en outre un réseau, la situation est différente", nous dit A.Moreau, qui a ,cependant, dû annuler cent représentations (!) depuis le début de la crise du Coronavirus. C'est dire si les pertes sont considérables pour la compagnie et pour les comédiens. Le temps et l'argent perdus le seront à jamais. 

De son côté , Sofia Betz, de la jeune compagnie Dérivation pousse un grand soupir de soulagement. Sans Huy, elle pouvait déposer son bilan : "C'est une bonne décision qui va permettre de désengorger 2020 et 2021. Mais j'ai l'impression qu'une partie des compagnies n'est pas prête, faute de répétitions. Il faudrait donc peut-être prévoir deux sessions séparées. Depuis l'annonce de la ministre, les réactions fusent dans tous les sens et je ne voudrais pas que le secteur, tellement solidaire, se divise. De toute façon, tant qu'on ne peut rouvrir les salles, ne fut-ce que pour répéter, on ne sait pas où l'on va et. Contrairement à l'horeca, notre secteur ne peut redémarrer du jour au lendemain. Il faudra bien qu'on apprenne à vivre avec ce virus. Les enfants vont devoir s'adapter. Ils vont retourner à l'école. Ils auront besoin qu'on leur parle de cela aussi. Notre rôle sera de nous adapter à un public qui vit dans le présent, contrairement aux adultes. Il est possible que notre Roméo et Juliette soit lui aussi teinté de cette actualité".