Scènes

Pour son 33e spectacle théâtral de l’été, l’Abbaye de Villers-la-Ville accueille, pour la deuxième fois, la comédie héroïque, Cyrano de Bergerac, adaptée et mise en scène cette fois par Thierry Debroux. C’est indéniable : les ruines de Villers sont le décor par excellence pour présenter le chef-d’œuvre d’Edmond Rostand. D’autant plus qu’il est joué dans la splendide nef de l’église. Le choix de Thierry Debroux de commencer la pièce par le dernier acte est donc judicieux puisqu’il se déroule au couvent. Roxane, cousine du valeureux Cadet de Gascogne Cyrano de Bergerac, également réputé pour son nez énorme, s’y est retirée depuis la mort du beau Christian de Neuvillette dont elle était éperdument amoureuse. Chaque samedi, Cyrano, secrètement épris de la belle, lui rend visite. Ce jour-là, ils se remémorent le passé et la fameuse réplique que Cyrano décocha au vicomte de Valvert lors d’un duel en vers : “À la fin de l’envoi, je touche”. Retour quinze ans en arrière…

Un manque de panache

En ce mercredi soir de première, la pièce amorce un démarrage en douceur. On sent que les comédiens peinent quelque peu à s’immerger dans le jeu. Et malgré un texte, en vers, adapté et aisément compréhensible, les spectateurs doivent tendre l’oreille pour entendre les comédiens qui jouent sans micro. Au fil des scènes, la pièce prend toutefois peu à peu son rythme et les comédiens, leurs aises. Si Bernard Yerlès incarne en début de soirée un Cyrano manquant un peu de panache – amplitude et relief faisaient, mercredi, défaut dans la tirade du nez –, il brille, notamment, dans la scène du balcon, où il déclame ses vers avec passion, humilité et une délicieuse pointe d’humour à Roxane (Anouchka Vingtier), et dans l’acte final où, blessé à la tête, il déclare son amour à sa cousine, défiant la mort qui va bientôt le cueillir.

Héros de la pièce, Cyrano est entouré d’une brochette de personnages truculents : le comte de Guiche, interprété avec verve par Éric De Staercke, l’enjoué pâtissier Rageneau (Michel Poncelet), le fidèle ami Le Bret (Jean-Philippe Altenloh) ou encore le frondeur amoureux Christian de Neuvillette (Damien De Dobbeleer). À mesure que la nuit tombe sur l’Abbaye de Villers, les éclairages magnifient le plateau et la nef. Amour, combats d’épée, costumes d’époque, langue française ciselée (avec quelques écarts assez drôles) font de ce Cyrano de Bergerac l’occasion de (re)découvrir avec plaisir le grand classique du théâtre français.

Villers-la-Ville, jusqu’au 17 août. Infos et rés. : 070.224.304 – www.deldiffusion.be. Puis en tournée au Théâtre du Parc, au Jean Vilar, à Wolubilis et à Liège