Éternel mouvement de balancier. Après la déferlante #MeToo, les hommes plongent à leur tour dans Le grand bain et semblent reprendre le pouvoir. Ou à tout le moins la parole. Ils sont partout, en cette fin d'année, au grand écran, dans le film de Gilles Lellouche, à l'affiche du Varia dans Desperado, qui met en scène quatre cow-boys désabusés, ou à Mars, Mons arts de la scène, avec La Ville des zizis, qui sera ensuite à la Maison de la culture de Tournai et aux Tanneurs, à Bruxelles.

Attention, âmes sensibles s'abstenir. Y a de la zigounette qui risque de se balader sur scène... Attention surtout, gros coup de cœur ! Cette sacrée bande de gaillards n'a pas fini de faire parler d'elle, dirigée de main de maître par la jeune Eline Schumacher qui n'hésite pas à intervenir pour redonner le cap. Derrière cette farce bien ficelée se cache une réelle solitude, une interrogation de l'amitié masculine, qui se doit d'être virile et indestructible. Entre mecs, c'est bien connu, pas de chichis, pas de jalousies, pas de sensiblerie...


Terrain biographique

Si Eline Schumacher a imaginé cette bande d'amis réunis à l'enterrement de leur pote, c'est parce que son père n'a pas d'amis et qu'elle redoute qu'il n'y ait personne à ses funérailles. Le premier tableau s'ouvre donc sur une brochette de beaux mecs – Léonard Cornevin, Adrien Drumel, Thierry Hellin, Lucas Meister, Jean-Baptiste Polge et Michel Villée – tirés à quatre épingles, col cravate, costard sombre, ambiance de film noir et blanc.

Alignés face au public, ils racontent. Il y a celui qui est arrivé le dernier, l'autre qui a glissé à vélo. Non, c'était un autre encore qui était le dernier puisque... Peu importe. Ils se reprennent. Ne racontent pas grand-chose, se souviennent d'avoir parlé de la météo... Chaque parole est juste tant ils laissent respirer le temps et s'écouter les silences.

Leur talent s'impose dès les premières phrases et la rigueur de mise annonce les délires à suivre, sans jamais partir en vrille. Qu'ils sifflotent Ennio Morricone pour se rejouer Il était une fois dans l'Ouest ou fredonnent Hotel California, avec plages et cocotiers en toile de fond, ils explosent dans un cadre donné, se reprennent à temps, ne tombent pas dans la vulgarité même lorsqu'il est question de drague ou de taille des zizis.

© Alessia Contu

Truffé de références au cinéma, aux pochettes de disques cultes, aux codes de l'amitié dans les vestiaires ou dans les tranchées, La Ville des zizis flirte aussi avec les Chippendales, rappelle Le Raoul collectif (Le Signal du promeneur), et emporte la salle en joie.

L'humour, ce vernis de politesse, règne en maître, interrompu de temps à autre par des voix off qui émanent d'une radio-cassette, celles de la metteuse en scène et de l'ami décédé, tellement présent qu'on finit par se demander qui a besoin de qui.


  • Mons, Mars (Mons arts de la scène), Maison Folie, jusqu'au 30 novembre. Infos & rés.: 065.33.55.80, www.surmars.be
  • Tournai, Maison de la culture, les 4 et 5 décembre. Infos & rés.: 069.25.30.80, www.maisonculturetournai.com
  • Bruxelles, Tanneurs, du 11 au 15 décembre. Infos & rés.: 02.512.17.84, www.lestanneurs.be