Un verre (vide), une cuiller : tels sont les seuls accessoires à prévoir pour le 30 décembre au soir. À 20 heures, et pour 2 minutes, à travers villes et champs, dans les rues et sur les écrans, résonneront les notes et rythmes composés par le musicien gantois Ruben Nachtergaele.

Un toast porté aux disparus, à celles et ceux qui les ont accompagnés, aux essentiels et à ceux qui s’étiolent de n’être pas considérés comme tels, à toutes les personnes – quel que soit leur rôle ou leur rang – qui auront traversé cette année chaotique du mieux qu’elles le pouvaient. “Une dernière fois ouvrir portes et fenêtres, comme au printemps”, souligne Matthieu Goeury, coordinateur artistique et programmateur scènes au Vooruit.

C’était avant l’été, peu après ce qu’on nomme désormais le premier confinement, raconte-t-il. “On approchait des 10 000 décès dus au coronavirus en Belgique. L’occasion d’un hommage, d’un geste national. Qui n’est pas venu…”

Ce sera le point de départ d’une réflexion conjointe du Vooruit, centre d’art, et de Moving Closer, collectif composé de Sophie De Somere, de l’atelier Onbetaalbaar travaillant sur les matériaux abandonnés, Uus Knops, psychiatre, Barbara Raes, ancienne directrice du Vooruit et responsable de l’association Beyond the Spoken, et Katleen Schepers, spécialiste en conseils funéraires. Tressant des liens entre l’art, les soins et les rituels d’adieu, Moving Closer a ainsi imaginé une manière de saluer – de reconnaître – l’année exceptionnelle, dans tous les sens du terme, qui touche à sa fin.

De pertes inestimables en liens repensés

Une année de pertes inestimables – en vies humaines (plus de 19 000 à ce jour), en moyens, en lien social – et de solitude contrainte, mais aussi de liens repensés, de solidarités ravivées, de créativité inédite. Voilà ce à quoi s’attache Let’s Tick Together. Un intitulé en anglais, pour enjamber la frontière linguistique, et qui joue sur les mots et les sons de l’expression consacrée “Let’s stick together” (serrons-nous les coudes ; restons solidaires) en y injectant l’action de frapper, faire résonner (to tick). 

© Let's Tick Together

Plusieurs dizaines d’entités – théâtre, maisons culturelles, associations et organisations de la société civile, liées entre autres aux domaines des soins, de l’accompagnement, de l’éducation – se sont peu à peu jointes au projet qui rassemble désormais quelque 400 partenaires à travers tout le pays. “Et qui peut encore croître !” s’enthousiasme Matthieu Goeury.

Qui rappelle que Let’s Tick Together pavoise également les rues via un réseau d’affichage culturel actuellement vide et mis à la disposition de l’opération.

Faire circuler le son

D’où cet appel à lancer “une campagne virale”, à rassembler “le plus de personnes possible” le mercredi 30 décembre : “Ce non-jour, entre ces deux fêtes bizarres cette année, pourra devenir un moment singulier et beau”, relève encore notre interlocuteur, rappelant que les carillons de plusieurs villes du pays (de Bruges à Mons, de Tournai à Oudenaarde, de Courtrai à Gand…) joueront également, à 20h précises, les notes de ce rituel pas comme les autres – par ailleurs aussi diffusé en ligne.


Qu’on le joue soi-même (sur base du tuto accessible en vidéo) ou en version enregistrée, il s’agit, souligne Matthieu Goeury, de “faire circuler le son dans la ville”. Or qui dit son dit onde. Propager celle-ci, c’est “reconnaître et saluer tout ce qu’on a perdu en 2020 sans se résigner à la lamentation” mais en s’adonnant, ensemble, à un instant “ludique et généreux”. Un acte collectif qui, comme tout rituel, marque l’instant et célèbre le passage vers un avenir tissé “de nouvelles perspectives et de nouveaux espoirs”.

  • Let’s Tick Together, mercredi 30 décembre, à 20h précises, à travers tout le pays et en streaming.
    Infos : www.letsticktogether.be
    Apprendre le rythme et la mélodie : How to tick, par Ruben Nachtergaele.