Scènes De Bangkok à Bruxelles, en passant par Paris, Berlin, voire la Turquie et l’Algérie, l’art de la conversation, avec ou sans paroles.

Un festival est un voyage. Vers des horizons neufs, des esthétiques méconnues, des paroles à découvrir. Un voyage intérieur aussi : on y progresse, parmi des propositions diverses, à la rencontre de soi, de son rapport à l’art et, à travers lui, au monde.

Le vecteur varie. Chez Begüm Erciyas - née à Ankara en 1982, installée à Berlin depuis 2010 -, ce rapport passe par la voix. On avait déjà goûté la captivante proximité du dispositif qu’elle présentait au Kunsten en 2017 avec l’étonnant Voicing Pieces. Ici l’artiste inclut davantage encore le spectateur dans l’installation Pillow Talk (KVS Box, jusqu’au 20/5). On pénètre au compte-gouttes dans la grande salle métamorphosée (notamment par Élodie Dauguet à la scénographie, Jan Maertens aux lumières, Adolfina Fuck à la création sonore…), on prend place, on se blottit, et la conversation commence - privée - entre le spectateur et une voix. Voix synthétique mais dialogue étrangement sincère, léger, profond, mystérieusement interactif, sur l’oreiller de cette nuit satinée.

Conversations à Bangkok

Le Kunsten, on l’a dit, offre aux spectateurs un voyage permanent. This Song Father Used to Sing (Three Days in May) permet ainsi de découvrir un nouveau beau lieu, le centre culturel et sportif de Bruxelles-ville à la Tour à Plomb. Et, par la même occasion, de faire connaissance avec le travail du jeune metteur en scène thaïlandais Wichaya Artamat, 34 ans. Pour un spectacle très intimiste, avec les conversations lentes et par bribes, entre un frère et une sœur, échanges souvent pleins d’humour.

Ils se retrouvent trois fois, à plusieurs années d’écart, pour prendre des nouvelles l’un de l’autre quand chaque fois l’agitation règne à l’extérieur, dans la rue. Mais on n’en saura rien. Le spectacle montre qu’à côté des explosions politiques, les gens vivent de petites histoires ici hantées par la mort du père. C’est tendre, amusant au début, mais on se lasse très vite.

On n’est pas dans Une journée particulière où Ettore Scola explorait génialement ce décalage entre politique et passions privées, ici, on tombe vite dans l’ennui des vies ordinaires.

Tension et contrepoint

Après plusieurs années, le Kunsten retrouve le chemin du Kriekelaar, centre communautaire schaerbeekois, où Nacera Belaza présente Le Cercle , prolongation de sa recherche sur les limites notamment. Comme dans ses pièces précédentes (du Cri à Sur le fil), la chorégraphe franco-algérienne façonne un cadre formel précis : pénombre, plateau nu, rythme mêlant musique et bruits de la vie, de la rue.

"Pour qu’une pièce existe, le point de tension initial doit aussi cohabiter avec son contrepoint" : rapidité de mouvement et calme intérieur s’allient ainsi dans une danse radicale et puissamment libre, structurée et fluide, à la croisée des codes soufis, du breakdance et de la rigueur contemporaine. Une œuvre paradoxale, tendue entre l’abstraction et l’imaginaire, et où la lumière, parcimonieuse, se conquiert dans le mouvement perpétuel.


Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 1er juin. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be