Soirée XS couleur belge et universelle au Festival d'Avignon pour trois formes courtes décalées. Avec Agnès Limbos et Thierry Hellin en ploutocrates décadents.

Au Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph, dans une de ces cours intérieures qui font le charme d'Avignon, loin des animations de rue, de la foule et du carnage qui se préparait à Nice, le vent bruisse dans les feuilles de la vigne grimpante qui couvre la pierre du pays. Loin aussi de "2666", ce marathon de douze heures de Julien Gosselin d'après le roman de Roberto Bolano, la soirée XS se prépare.

Deuxième année déjà qu'Avignon collabore avec le Festival XS du Théâtre National, les SACD belge et française pour présenter des formes courtes. Au menu de cette soirée atypique, "Heimaten" d'Antoine Laubin, "Les idées grises" des deux circassiens Bastien Dausse et François Lemoine et "Axe de l'importance du sacrifice humain au XXIe siècle" . Trois coups de coeur du festival bruxellois. Pour une déclinaison d'abord d'Axel Cornil, de Thomas Depryck et de Jean-Marie Piemme autour de "Heimaten", ce pluriel de "Heimat" qui en allemand signifie patrie, pays d'origine, chez soi... Antoine Laubin confronte ici plusieurs points de vue, de celui de Rio où tout le monde s'embrasse, se touche et se parle à l'aéroport pluvieux de Zaventem à la misère de Quaregnon que ne sauvera pas le Doudou. A l'écran, deux Allemands de l'Est au sujet desquels courent d'autres idées reçues. Une certaine naïveté qui permet de se reposer les bonnes questions et une interprétation d'un naturel déconcertant pour un propos d'une couleur locale à la portée universelle. Suivront les acrobates et leur défi de la pesanteur, vidéo à l'appui, pour une tranche de vivacité, d'humour et de virtuosité avant un final baroquissime signé Agnès Limbos et Thierry Hellin, duo déjanté, autour du couple toujours, du corps vieillissant et de l'envie malgré tout de continuer à danser qui taraude Agnès Limbos depuis quelques années. Avec son anglais de base, son "Darling" favori, en peignoir fleuri, elle recoud la toque de son hussard de mari, passe du flegme britannique à l'hystérie féminine. En sortie de bain trop courte, Thierry Hellin lui, s'enferme pour lire dans le frigo avant d'emprunter un russe improvisé. Tranche désaxée d'une vie de couple insensée, de ploutocrates décadents accrochés à leurs privilèges, instant prégnant hors du temps présent.