" Pornographie" de Simon Stephens au Poche : percutant.

La pornographie, selon Simon Stephens, n’est pas seulement la représentation d’obscénités. C’est l’idée du voyeurisme et de la transgression que l’auteur britannique a explorée avec "Pornographie" deuxième volet d’un diptyque formé avec "Punk Rock" qui sera repris en janvier au Poche. Loin des œuvres de Marc Dorcel, Olivier Coyette, met en scène ce spectacle intense et percutant comme une plongée trash dans l’intimité de huit personnages "déviants". Si le sexe en tant que tel ne constitue pas l’essence de la pièce, il est toutefois omniprésent, à réserver, donc, aux adultes.

Il y a un jeune homme, à bout de nerfs, qui harcèle violemment sa professeur, un frère et une sœur qui s’offrent une nuit incestueuse pour leurs retrouvailles, une jeune mère qui décide de divulguer un rapport confidentiel, une femme âgée et veuve dévorée par sa libido débordante qui se perd des heures sur Internet à regarder des films porno. Il y a aussi un enseignant ravi de retrouver une ancienne étudiante qui tente de la séduire puis de la violer, et un type au comportement étrange qui se promène dans les couloirs du métro londonien.

Voyeurisme

Les comédiens, Frédéric Ghesquière et Jérémie Petrus (impressionnants), Anabel Lopez, Flavia Papadaniel, Nicole Valberg et Benoît Van Dorslaer incarnent avec beaucoup d’énergie ces personnages présents en permanence sur scène. Un dispositif métallique à étages permet d’observer à la fois celui qui raconte son itinéraire et ceux qui, chez eux, dans le métro ou ailleurs, dérivent. Ces actions simultanées et les bruits permanents exigent une attention soutenue et continue. La musique, chantée, dansée ou jouée, fait partie intégrante de ces immersions voyeuristes, de "Gimme Gimme" de Britney Spears à "Get Lucky" des Daft Punk. On assiste à un tableau d’un Londres underground sans frontières, sans limites, sans morale où tout se dérègle, jusqu’aux attentats meurtriers du 7 juillet 2005 perpétrés par des Anglais. A cette date, la ville a basculé vers une folie sécuritaire et a déployé un réseau de surveillance avec des milliers de caméras. Comment devient-on une chose observée ? Comment tout nous échappe et se dérègle ? C’est ce basculement et la transgression de tous les interdits que montre ce spectacle soufflant mais long et chaotique.

--> Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu’au 4 octobre. Interdit aux - 18 ans. Env. 2h15. Infos&Rés. 02.649.17.27; www.poche.be