Avec l’acteur Jarmo Reha, Armel Roussel a bâti un solo kaléidoscopique, aussi doux qu’intense. À découvrir aux Tanneurs.

"Long live the life that burns the chest" (que vive la vie qui brûle la poitrine) : de ce vers tiré d’un poème de l’auteur estonien Gustav Suits, Armel Roussel a intitulé sa nouvelle création, née de sa rencontre à Tallinn avec l’acteur Jarmo Reha. Le premier volet du spectacle, créé aux Tanneurs, expose d’ailleurs la genèse du projet. Et sa toile de fond, L’Éveil du printemps (1891), monté par le metteur en scène au printemps 2018. Comment Frank Wedekind écrirait-il aujourd’hui les tourments et désirs de la jeunesse ? Comment la jeunesse d’aujourd’hui exprime-t-elle ses élans ? Et dans d’autres cultures ?

Ainsi l’acteur et le metteur en scène sont-ils partis, avec le réalisateur Julien Stroïnovsky et emplis de ces questions, à la rencontre d’autres jeunes acteurs, d’autres réalités, d’autres quotidiens. À Tokyo d’abord, à Kaolak, au Sénégal ensuite, à Pondichéry, enfin. Le tout s’articule en une progression organique du réel à la fiction : de la rencontre pure au Japon, avec ses décalages culturels, au récit construit en Inde avec la mise en scène de funérailles, allers-retours et flous compris entre ces deux pôles. 


Spontanéité et construction

Chacune de ces destinations est, plus qu’un but en soi, un chemin, une traversée, un creuset d’expériences et de rencontres, de personnalités, de différences. Chacune donne lieu à une séquence filmée - les images prenant ici une place inédite dans le parcours d’Armel Roussel.

La cinématographie du projet, à l’instar de sa dramaturgie globale, révèle un équilibre subtil entre spontanéité et construction. Les films quant à eux s’intègrent subtilement au travail de plateau, dans un environnement scénographique simple, sinon brut. Artisanal en somme, avec en guise d’écran une simple toile descendue et remontée. 

© Veljo Poom

Le metteur en scène livre ici son opus le plus intime à ce jour. Moins péremptoire que souvent. Sensible comme jamais. Et trouve en Jarmo Reha plus qu’un interprète, un complice d’exception. Une présence, une sincérité, une voix qui donnent corps aux volutes du doute et de la douceur, de la puissance et des failles. Une incarnation juste de cette jeunesse indécise et résolue, dans l’Allemagne du XIXe siècle comme aujourd’hui, ici, ailleurs.

Créé en septembre au Vaba Lava de Tallinn - coproducteur et commanditaire du spectacle -, Long live the life that burns the chest est promis, après sa brève série de représentations aux Tanneurs, à une tournée qui creusera de plus belle les questions qui l’habitent, sur ce qui nous distingue, ce qui nous lie, ce qui nous consume. Sur cet art, le théâtre, qui nous émeut, nous meut, nous déplace.

  • Bruxelles, Tanneurs, jusqu’au 9 novembre. Durée : 1h50. En anglais (et estonien, japonais, wolof, tamoul) surtitré en français. 
  • Spectacle suivi d’une brève étape de travail de la prochaine création de la Cie [E]Utopia, "Éther/After". 
  • Infos, rés. : 02.512.17.84, www.lestanneurs.be