Georges Lini met en scène toute l’horreur du drame de Shakespeare au Parc.  

Où sont la lande écossaise et les cuirasses maculées ? Déjà la brume se dissipe et apparaissent les trois sorcières. Non, ce sont des infirmières, isolées dans leur cabine vitrée. Le néon hésite et révèle les masques transparents de grands brûlés. Le décor est planté (Thibaut De Coster et Charly Kleinermann, à la scénographie et aux costumes). Les trois sœurs administreront leur infâme médecine dans un asile d’aliénés. À Macbeth de l’avaler. Elles ont promis le trône au grand guerrier. Il aura la folie, lui qui déjà se torture d’obscures pensées. Est-il homme à combattre le destin ou à abattre son roi ?

Du Macbeth de Shakespeare, il y a bien des fils à tirer. Est-ce l’histoire d’une ambition dévorante ? D’une lutte intérieure entre la prédestination et le libre arbitre ? D’un homme qui ne porte pas la culotte sous son kilt, tant sa femme, sa "Lady", assume la "virilité" du couple ? Si la trame qu’a tendue le metteur en scène Georges Liniau Théâtre du Parc illustre tous ces thèmes évoqués, c’est le motif psychologique qui est répété, la lutte intérieure révélée, la déraison qui justifie le huis clos dans une institution spécialisée. Macbeth ou le cauchemar d’une nuit d’hiver.

Du sang et des armes

Ainsi, on a convoqué les artifices de l’horreur (spectacle déconseillé aux moins de 14 ans) pour incarner chaque doute, chaque vision qu’un théâtre d’antan laissait le soin d’imaginer. Dans l’asile décati surgissent les sœurs ensanglantées, une tête séparée de son corps, une "renaissance" du roi sanguinolent (l’imposant Luc Van Grunderbeeck) dans son cercueil transparent… Là, l’aura ne dit rien, comme un ange de la mort qui passe, et trépasse l’attention. Un accident tant le reste est prenant, les acteurs ne quittant pas la scène, se réfugiant dans une loge apparente et s’y confiant parfois à la caméra, disant l’indicible, montrant l’immontrable. Dispositif fort en vogue, mais que justifient les fréquentes confessions shakespeariennes ou les contrechamps renvoyant au conflit intérieur de Macbeth, de la clarté du plateau aux ténèbres du public. En haut de l’escalier, l’écran nous regarde - gros plan sur un comédien. Mais ce n’est pas le cas d’Itsik Elbaz (Macbeth). La scène est la sienne. Tout comme est sien le cauchemar. Elbaz, une boule de nerfs aiguillonnés par les femmes, dont chaque réplique nous souffle la sueur glacée d’une nuit agitée jusqu’à la déchirer d’un "Love is blindness", davantage Jack White que l’original Bono.

Lini offre une histoire de fou pleine de bruits et d’horreurs.

Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu’au 16 février. Infos et réservations :www.theatreduparc.be, 02/505.30.30.