Son socle, c’est le cirque, étayé de théâtre, traversé de danse. Sa nourriture: l’observation du monde par la pratique, dit-elle, une curiosité qu’aiguisent les tournées, les résidences, les rencontres. Qui, accompagnées d’un désir d’immersion, ont généré en Phia Ménard le goût de "découvrir des sociétés, des mythes, des pratiques, des identités, des corps".

En 2017, la Documenta 14 de Kassel lui commande une œuvre (performance ou installation) autour des questions posées à cent artistes du monde entier: "Apprendre d’Athènes" et "Pour un Parlement des Corps". C’est là – dans une Allemagne qui enfanta le pire et qui cultive l’art comme possible antidote, mais aussi dans une Europe fissurée par les crises – que prend source la trilogie des Contes immoraux. Phia Ménard y questionnera "l’imaginaire de la République d’Athènes, des mythes et de la construction philosophique de l’idée d’une Europe, mais aussi l’échec de sa construction vers une Europe des Nations".

Maison Mère, le premier des contes, est créé à Kassel en juillet 2017 et tourne encore. Les questionnements qui le sous-tendent, toujours d’actualité, ont pris place dans Every Inside Has an Outside, premier chapitre de l’édition automnale du Kunstenfestivaldesarts 2020 – et se retrouveront pour une représentation le 28 octobre à Mars.

De l’érection à l’effondrement

Contes immoraux – Partie 1 : Maison Mère convoque l’installation plastique pour évoluer vers l’acte performatif. Dans un costume qui évoque la guerrière et la déesse autant que le punk-rock, l’artiste arpente le plateau couvert de cartons dont elle harponne et évacue une partie. Reste une structure qu’elle va peu à peu assembler, avec pour seuls outils quelques rouleaux de scotch et une poignée d’étançons. Force, concentration, équilibre dictent leur loi, sans un mot, tandis que les sons amplifiés (Ivan Roussel) prennent une place croissante. 

© Jean-Luc Beaujault

Conçu par Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault, ce numéro porté en solo périlleux par la performeuse se déploie avec humour, suspense, obstination. Érigée, redressée, habitée, la maison sera lacérée de l’intérieur, méthodiquement. Ajouré, l’édifice devient temple en même temps que prison. La métaphore géopolitique – grandeur et décadence, mythes et réalité – se double du parcours transformateur de la construction: matrice, soutien, émancipation.

Vient alors le temps de la déréliction : le déluge imbibe le carton, le temple Europe ploie, plie et s’effondre. Les éléments s’imposent. Le conte touche à sa fin tandis que le brouillard a envahi les gradins. 

© Jean-Luc Beaujault

  • Bruxelles, Maison des arts de Schaerbeek, encore le 8 septembre, à 20h – 02.226.45.93 – www.kfda.be
  • Et à Mons, Mars, le 28 octobre – www.surmars.be