Les grands festivals de l’été sont annulés les uns après les autres.Le plus emblématique en arts de la scène, le Festival d’Avignon qui doit ouvrir le 3 juillet, continue à y croire.

Inédit, surréaliste ? Quels sont les justes mots pour cette étonnante présentation ce mercredi, par vidéo, sur Internet (coronavirus et confinement obligent), du prochain festival d’Avignon. Olivier Py, le directeur, a voulu annoncer malgré tout, le programme prévu du 3 au 23 juillet avec un « fil rouge » choisi il y a un an mais qui a acquis une cruelle actualité : "Eros et Thanatos", le désir et la mort.

Tous les artistes invités ont présenté dans des capsules vidéo leurs créations (lire ci-dessous), de quoi espérer encore plus que le festival ait lieu! Car tous ces spectacles parlent, sans l’avoir prémédité, de ce qui nous étreint aujourd’hui, tous. Le théâtre est là comme geste politique, humain, comme catharsis.

« Notre geste le plus sacré, a expliqué Olivier Py lors d’une interview par vidéo, est que le rideau puisse se lever. C’est le plus sacré, si ce n’est la vie elle-même bien sûr, car le sacré de la vie l’emporte sur le sacré du théâtre. »

Sur le site du festival on annonce encore l’ouverture de la billetterie en juin. Mercredi sur France Inter, puis sur le site du festival, Olivier Py a expliqué : « Je suis inquiet mais pas complètement pessimiste. Nous avons encore la possibilité de faire le festival. J’attends que les autorités sanitaires nous disent ce quil faut faire, et pour linstant on me dit que ce nest pas impossible.Tous les scénarios restent possibles, il faudra être souple, de la réduction de jauge dans les salles à un décalage des dates. En tout cas une chose est claire si on est encore confiné mi-mai, le festival dAvignon sera compromis car il sera impossible de le préparer techniquement, et de préparer les salles. »

Le risque est grand que le Festival soit finalement annulé car comment imaginer aujourd’hui que le public puisse revenir déjà en juillet et reviendrait en masse dans des salles étroites.

Dans la foulée de cette éventuelle annulation, les grands festivals de juillet pourraient suivre comme le off d’Avignon, Aix-en-Provence, les Nuits de Fourvière, voire les Rencontre photographiques d'Arles, etc.

A surveiller bien sûr dans les prochains jours.

Edimburg annulé

L’annulation du Festival d’Edimburg et du Fringe festival, qui devaient se tenir du 7 au 31 août en Ecosse avait déjà jeté un froid glacial. C’était la première fois que ces festivals, parmi les plus grands du monde étaient annulés. Depuis, on a appris aussi l’annulation du Festival de Bayreuth qui devait se dérouler du 25 juillet au 30 août, celle du Printemps des comédiens prévu du 29 mai au 27 juin à Montpellier, jusqu’à celle du Festival Transamérique au Canada. La Biennale Manifesta de Marseille qui devait ouvrir le 7 juin est annulée et la Biennale de Venise d’architecture est reportée à fin août.

En Belgique, le Kunstenfestivaldesarts n’aura en tout cas pas lieu en mai sous sa forme habituelle. Le festival contacte tous les artistes et compagnies invités et regarde avec eux, au cas par cas, l’impact d’une annulation qui reste l’option hélas la plus prévisible. Les grands festivals de musique Tomorrowland et Rock Werchter seront très vraisemblablement annulés indiquait lundi le ministre de l'Intérieur Pieter De Crem

Mais Avignon reste « le » symbole, avec cette année, prévus dans le seul in, 45 spectacles, dans 37 lieux, avec 400 rendez-vous en 20 jours. En 2003, Bernard Faivre d’Arcier avait dû annuler l’édition pour cause de grève des intermittents, ce fut une catastrophe inédite car même en mai 68, le Festival avait été perturbé mais pas annulé.

Ce « Tchernobyl culturel » comme on l’avait surnommé eut néanmoins l’avantage de démontrer par l’absurde, l’impact économique de la culture et du Festival pour la ville et sa région. On parle aujourd’hui pour le in et le off (1600 spectacles) de 700000 visiteurs (107000 dans le in) et de cent millions d’euros de retombées économiques.

Dédommagement

Le sort du in et du off (dont le Théâtre des Doms) est lié. L’un n’ira pas sans l’autre. Les festivals attendent du ministre de la Culture Frank Riester une décision d’annuler (ou, mais c’est moins probable, de reporter ou d’amender en imposant des jauges réduites). Ce serait alors au gouvernement à décider et à dédommager sans doute pour la perte lourde que cela signifierait pour les festivals et les compagnies et artistes invités. Même si la France retrouvait son rythme normal en juillet, 60 % des spectacles prévus viennent de l’étranger et pourraient être empêchés de venir.

Le temps presse. Le 4 mai est la date à laquelle doivent impérativement commencer les travaux dans la Cour d’honneur du Palais des papes, afin d’être prêts pour l’ouverture théorique du Festival d’Avignon, le 3 juillet où devrait se créer le nouveau spectacle de danse de Dimitris Papaioannou (Le jeu des ombres écrit par Valère Novarina et mis en scène par Jean Bellorini, suivra ensuite dans la Cour d’honneur).

Sur le site sceneweb.fr on pouvait lire le coup de colère du comédien, metteur en scène et producteur Renato Ribeiro fort impliqué dans le off: « Arrêtons de rêver. Combien de spectateurs vont venir pour voir plus de 1500 spectacles dans cette période de guerre ou après-guerre sanitaire ? Dans une ville confinée à plus de 35°C en plein été ? »

Sur les réseaux sociaux, des critiques comme celle-là ont fusé, jugeant Olivier Py « hors sol ». D’autres aussi voudraient que le gouvernement annule rapidement Avignon et prévoit ensuite une compensation financière pour cette perte. Le pire serait disent-ils, de laisser les gens travailler et investir et d’annuler trop tard ou de devoir jouer devant des salles vides, « car plus nous différons toute décision, plus il sera difficile de réunir les conditions dune rentrée correcte à l’automne. »

Olivier Py a donc dévoilé sa programmation (théorique ?). Les artistes et compagnies belges y sont cette année fort nombreux: Ivo Van Hove présente Freud, un Freud jeune d’après un texte de Sartre, Lisbeth Gruwez dansera sur Debussy interprété sur scène par la pianiste Claire Chevallier, Rosalba Torres Guerrero et Koen Augustijnen proposeront la danse de Lamenta, le Raoul Collectif devrait jouer son nouveau spectacle Une cérémonie, Sophie Linsmaux et Aurelio Mergola avec la pièce No One, Jan Martens vient avec son spectacle ébouriffant de 17 danseurs (Any Attempt Will End..), Etienne Minoungou y interprétera Discours aux nations africaines en lien avec Elwine Sarr qui évoquera René Char. On peut y ajouter l’Espagnole Angelica Liddell qui offrira Liebestod, le troisième épisode de Histoire du théâtre, initié par Milo Rau au NTGent.

Ce vaste programme belge s’ajouterait aux nombreux habitués d’Avignon qui y devraient y revenir comme Emma Dante, Bratt Bailey, Kornel Mundruczo, Israël Galvan, et aux nombreuses créations de metteurs en scène à découvrir.

Si Avignon a lieu …