Au mois de décembre, Mélanie Lalieu, directrice du Centre culturel des Riches-Claires, nous avait annoncé son départ à la fin de la saison, pour des raisons autant personnelles que professionnelles (lire LLB du 22/12/2012) . À sa succession, c’est l’artiste Eric de Starcke (comédien, metteur en scène, enseignant...) qui a été élu à l’unanimité par le conseil d’administration, pour le plus grand bonheur de la petite équipe en place, Catherine Tabard et Gabriel Callealta Soto. Si le comédien et Mélanie Lalieu sont officiellement codirecteurs depuis un mois, c’est lundi qu’Eric de Staercke deviendra le seul maître à bord. Il dévoilera très prochainement la saison à venir, qui s’annonce très riche. Rencontre avec Mélanie Lalieu pour un bilan très positif.

Etes-vous sereine à la veille du départ ?

Oui car c’est une décision réfléchie, tant à un niveau personnel que professionnel. C’est un centre culturel avec une subvention qui ne peut pas vraiment augmenter donc, à un moment, il faut savoir laisser sa place à quelqu’un d’autre qui, avec un nouveau regard, va pouvoir optimiser les moyens à disposition d’une manière différente. J’ai mis en place une bonne dynamique mais je n’ai plus les armes de la nouveauté. C’est difficile de se dire : tout roule mais on repart de zéro. Ce qui était ma force en arrivant aux Riches-Claires en 2003, c’est mon ouverture à la qualité des projets car je ne connaissais pas les artistes personnellement. Avec le temps, des affinités artistiques se créent et les petits jeunes d’il y a dix ans ne le sont plus tout à fait aujourd’hui. Il faut libérer de la place pour les nouveaux artistes maintenant qu’on a joué notre rôle de rampe de lancement. J’ai signé 132 conventions dont au moins deux tiers sont des créations.

Comment se passe le passage de flambeau avec Eric de Staercke ?

On ne peut rêver mieux. L’avantage, c’est qu’il est déjà un bon gestionnaire puisqu’il gère sa compagnie. La transmission est simple, il a simplement besoin de petites informations pratiques.

Au niveau artistique, il restera dans la même lignée pour la programmation ?

Il va suivre le même fil directeur, comme je suis restée dans la lignée de Jacques Viala. Eric de Staercke s’inscrit dans la continuité mais il va apporter beaucoup de nouvelles choses. C’est pourtant plus délicat pour lui de programmer que pour moi. Au lendemain de sa nomination, il avait déjà reçu cinquante projets auxquels il a fallu répondre et il a souvent répondu oui. Ce sera la grande différence : mes saisons étaient concentrées autour de huit spectacles, Eric de Staercke en aura le triple. Nous avons rénové la petite salle à l’étage, elle tournera autant que la grande. Il a aussi trouvé d’autres formules et des solutions pour que les artistes répètent ailleurs qu’aux Riches-Claires, il pourra donc y avoir plus de spectacles.

En dix ans, vous avez insufflé un grand dynamisme au Centre culturel.

Avant que Jacques Viala ne reprenne les Riches-Claires, il n’y avait presque rien. Il a repris en main l’asbl. Quand j’ai pris la direction du centre à mon tour, on a rénové les batiments. Le foyer est plus accueillant, on a rénové les bureaux, cela fait partie de l’évolution d’un lieu, on a recréé la charte graphique - logo, site internet, etc. Nous avons aussi triplé les chiffres de fréquentation. On tourne à 60 % de remplissage environ. Nous sommes parvenus à fidéliser un public malgré la diversité de la programmation. Si j’ai toujours privilégié l’humour, les touches drôles et rafraîchissantes, on a abordé des thèmes pas toujours simples.

Un mauvais souvenir ?

Il y a eu très peu de problèmes techniques. Je me souviens aussi d’un jour où un comédien est tombé malade le jour de la première. Jacques Viala a dû reprendre le spectacle et le remplacer au pied levé. C’était stressant. Il y a eu des moments difficiles aussi. Des spectacles excellents, des bijoux pour lesquels on avait eu un grand coup de cœur, ne réunissaient parfois que quinze spectateurs. Là, c’est l’incompréhension.

Un beau souvenir ?

Quand la salle est comble et qu’on entend les spectateurs applaudir fort, ravis, et que je vois les comédiens aux anges lors du salut, une rencontre s’est faite. Moi, dans le noir, au fond de la salle, j’applaudis aussi mais je ressens une grande fierté d’avoir contribué à cette rencontre. Ce sont des moments magiques.

Un vœu pour l’avenir des Riches-Claires ?

J’espère que les spectateurs continueront, et de plus en plus, à répondre présent. À Bruxelles, le centre culturel est un lieu essentiel pour la jeune création. On peut prendre des risques aux Riches-Claires. L’un des derniers spectacles de cette saison, "Aura popularis" de Dominique Bréda mis en scène par Emmanuel Dekoninck, résume bien mon travail de dix ans. Il y a là douze jeunes qui ont saisi leur chance et la plume de Dominique Bréda qui a grandi avec moi tout comme Thibaut Nève ou Odile Matthieu.

Centre culturel des Riches-Claires, 24 rue des Riches-Claires, 1000 Bruxelles. Infos : 02.548.25.70, www.lesrichesclaires.be