Scènes Une critique de  Stéphanie Bocart.

Le titre de la pièce, Ménopausées, est clair : a priori, on y parlera de femmes et de la ménopause. Vaste et délicat sujet de santé et de société qui, s’il fait partie intégrante du cycle de la vie des femmes, demeure aujourd’hui, sous nos latitudes, camouflé, malaisé, tabou.

Simple et direct, le titre n’en revêt pas moins un certain mystère : comment les auteurs Caroline Safarian (également à la mise en scène) et Dominique Pattuelli vont-elles porter à la scène ce changement qui perturbe, bouleverse le corps féminin ? Le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’elles ont résolument pris le parti de dire les choses, sans détours, sans complexes de façon rafraîchissante, fine et intelligente ! Et qu’est-ce que ça fait du bien !

© D.R.

Pas un plaidoyer féministe

Il faut dire que le Théâtre de Poche n’en est pas à son coup d’essai en matière d’exploration du genre féminin. On lui doit notamment Les Monologues du vagin et Volcan/Histoire du clitoris. Pour monter leur pièce, Caroline Safarian et Dominique Pattuelli se sont basées sur une cinquantaine de témoignages de femmes de tous profils. Il en ressort un texte vrai, sensible, audacieux et drôle, dont s’emparent avec respect et humanité les trois comédiens Marie-Paul Kumps, Serge Demoulin et Dominique Pattuelli. Pendant 1h15, ils se glissent dans la peau de ces femmes qui ont eu, tout d’un coup, en elles "une sensation", "une putain de bouffée de chaleur", mais qui restent, plus que jamais, des femmes.

On croise ainsi Martine et son mari Gérard qui "cohabitent depuis 15 ans". Jusqu’à ce jour d’août où Martine, malgré ses bouffées de chaleur, s’est acheté pour 900 euros de lingerie. Dans la salle de bain, son mari la découvre nue, en plein essayage de ses nouveaux sous-vêtements… Un nouveau départ dans leur vie sexuelle et affective. Il y a aussi cette quinqua sexy qui s’est amourachée d’un petit jeune de 25 ans, mais n’a pas voulu voir qu’il profitait de son argent. Ou encore ce truculent débat entre un gynécologue, une sexologue et une représentante pharmaceutique qui se livrent une joute délirante et drôlissime sur la ménopause et tout ce qui gravite autour (l’image de la femme, l’épanouissement sexuel, le lobby des firmes pharmaceutiques,…).

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N’y voyez nullement un plaidoyer féministe ! Les hommes, si la pièce n’aborde que très peu les changements hormonaux qui les concernent, ne sont pas oubliés pour autant, eux qui se sentent parfois "impuissants" face à "ce bouleversement" chez la femme.

N’ayant vocation à être ni scientifique ni moralisatrice ni exhaustive, la pièce se déploie au gré de ces confessions, sous une grosse lune, tantôt lumineuse tantôt nuageuse, qui se fait œil puis utérus. La scénographie d’Olivier Wiame, les lumières de Xavier Lauwers et les chorégraphies de Laura Mas Sauri habillent le texte avec justesse, faisant de Ménopausées une pièce qui éveille les consciences sans les culpabiliser.

Bruxelles, Poche, jusqu’au 2 février. Infos et rés. : 02.649.17.27. - www.poche.be. Puis, à Wolubilis le 1er mars et à la Vénerie du 7 au 9 mars