Un mur, immense, est percé de deux volets électriques, baissés, surmontés de deux ouvertures. L’un deux s’enroule. En sort une caravane-bar manœuvrée par Anna Fierling, surnommée “Mère Courage”, et ses trois enfants : Kattrin, sa fille muette, et ses deux garçons, Eilif et Fromage Suisse. Nous sommes au printemps 1624, où une guerre de religions opposant catholiques et protestants fait rage en Allemagne depuis six ans. Pour survivre et nourir ses enfants, Mère Courage tire sa cariole sur les routes, de champ de bataille en champ de bataille, toujours prête à vendre et marchander une miche de pain, des munitions, une rasade de vin,…, quitte à risquer la mort de sa progéniture…

Écrite en 1938-1939 par l’auteur allemand Bertolt Brecht, la pièce Mère Courage, sous-titrée Chronique de la guerre de Trente Ans, s’inscrit comme un pamphlet dénonçant l’absurdité de la guerre tandis que le bruit des bottes d’Hitler et des dirigeants nazis résonnent de plus en plus fort en Europe et que Brecht lui-même, acquis au marxisme, a été contraint de s’exiler en Scandinavie. Séquencée en douze tableaux, la pièce est créée pour la première fois en Suisse, à Zurich, en 1941.

Pour la porter à la scène, Christine Delmotte-Weber a fait le choix de l’adapter librement sous un angle résolument contemporain. Point ici de robes longues, de charette ou d’épées. Mais bien des jeans, un manteau léopard, des chaînes autour du cou ou encore des machettes et des mitraillettes. Un choix judicieux qui ancre le récit dans la réalité de l’horreur de la guerre qui frappe encore aujourd’hui de nombreux pays. Et qui, surtout, nous confronte au destin, admirable et douloureux, de celles et ceux qui cohabitent avec la guerre.

Styles techno et steampunk

À l’origine émaillée de chansons sur une musique de Paul Dessau, l’œuvre de Brecht est, ici, également revisitée : Pierre Slinckx a arrangé la composition musicale en lui insufflant guitare électrique, styles techno et steampunk. Entourée d’une belle distribution de comédiens (Alain Eloy, Soufian El Boubsi, Sarah Joseph, Romina Palmeri, etc.), Daphné D’Heur interprète avec brio les chansons et incarne une Mère Courage pleine de charisme et de gouaille.

Si la scénographie (signée Renata Gorka) colle parfaitement au texte revisité, on regrette quelque peu que le séquençage en douze tableaux, dont un bref résumé introductif est à chaque fois projeté sur le décor, rappelle aux spectateurs la temporalité du XVIIe siècle. Alors que la volonté affichée de cette adaptation est d’en faire une version contemporaine, l’exercice nous laisse un petit goût d’inachevé.

Louvain-la-Neuve, Jean Vilar, jusqu’au 12 octobre. Infos et rés. au 0800.25.325 ou sur www.atjv.be

Bruxelles, Les Martyrs, du 16 au 31 octobre. Infos et rés. au 02.223.32.08 ou sur www.theatre-martyrs.be