Contraint de fermer ses portes le 13 mars en raison de la pandémie de Covid-19, le Théâtre royal des Galeries a, enfin, après plus de six mois, retrouvé son public mercredi soir, à l’occasion de la première de Misery. Un spectacle doublement attendu puisque c’est la première fois que l’adaptation théâtrale (de William Goldman, traduite en français par Viktor Lazlo) du célèbre roman de Stephen King est portée à la scène en Belgique. Par Fabrice Gardin.

Dans l’obscurité du théâtre résonne, tel un songe : “Paul, c’est moi, Annie. Je suis votre fan numéro 1.” Le plateau s’éclaire et laisse apparaître le décor d’une chambre. Un homme, blessé, est allongé dans un lit d’hôpital. – “Paul, réveillez-vous.”“Mes jambes… Qu’est-ce qui s’est passé ?”Auteur d’une saga à succès ayant pour héroïne Misery Chastain, Paul Sheldon, pris dans une tempête de neige dans le Colorado, a été victime d’un grave accident de voiture. Il est sauvé par une habitante du coin, Annie Wilkes, qui le recueille chez elle. Ancienne infirmière, elle est l’une de ses plus ferventes admiratrices, vouant un véritable culte à Misery. Apprenant par Annie que les routes sont impraticables et les lignes téléphoniques coupées, Paul lui demande de prévenir son agent et sa fille. Mais peu à peu, il va se rendre compte qu’il est en réalité prisonnier d’Annie et à la merci de ses colères et accès de folie…

Attachante et terrifiante Annie

Pour incarner ces deux personnages, Fabrice Gardin a convié Cathy Grosjean et David Leclercq. Un excellent duo qui tisse la trame de ce huis-clos où ironie et pointes d’humour, distillées à justes doses, viennent apaiser la tension psychologique.

David Leclercq se glisse avec aisance dans la peau d’un Paul Sheldon arrogant, physiquement affaibli mais assez rusé pour duper sa geôlière. Quant à Cathy Grosjean, elle jongle avec subtilité entre les principes moraux d’Annie (être une bonne croyante, ne pas prononcer de gros mots…), son admiration sans faille – et même son amour ! – pour Sheldon (elle le nourrit, va lui acheter du papier à écrire…) et ses déviances psychopathiques (elle n’hésite à le punir en le privant de ses antidouleurs, à le menacer d’un revolver…) rendant son personnage tout à la fois attachant et terrifiant.

Dans sa mise en scène, Fabrice Gardin a décidé de faire intervenir physiquement un troisième personnage : le shérif Buster, interprété par Robin Van Dyck. Un choix pertinent qui apporte des respirations dans le récit.

Décors efficaces

Si Misery est un thriller au succès planétaire, on retrouve, ici, tous les ingrédients qui font la marque de fabrique du Théâtre des Galeries : des dialogues toujours emprunts (d’un brin) d’humour, des décors élaborés et efficaces (signés Ronald Beurms) ainsi que des jeux de lumières (par Félicien Van Kriekinge) et un habillage sonore (de Laurent Beumier) porteurs de sens, faisant de cette pièce davantage un très bon divertissement qu’un suspense au sens strict du terme.

Bruxelles, Théâtre des Galeries, jusqu’au 15 novembre. Infos et rés. au 02.512.04.07 ou sur www.trg.be