Petit rappel du processus. Pour sa nouvelle création, présentée et coproduite par le Théâtre de Liège, le collectif bruxellois qui fête ses 25 ans soumet sept textes au vote des spectateurs. Ils seront plus de 1 200, de mai à novembre 2015, à participer à l’opération "A vous de choisir" pour finalement élire "Moby Dick - en répétition". Le résultat est connu le 16 novembre ; la création prévue le 17 janvier. Deux mois en tout et pour tout pour monter cette adaptation par Orson Welles du roman colossal d’Herman Melville. Or l’œuvre doit d’abord être traduite. Daniel Loayza relève ce premier défi.

Bernard Breuse, Miguel Decleire et Stéphane Olivier - noyau dur de Transquinquennal - enrôlent des complices dans l’aventure. Aux Starbuck, Stubb et Peleg qu’ils interprètent se joignent Jan Hammenecker (Achab), Mélanie Zucconi (Ismaël), François Bertrand (Elie et la vigie), Lucie Guien (Pip), Jean-Baptiste Polge (Queequeg), Véronique Stas (le père Mapple, le charpentier, la voix du Rachel).

La baleine, l’artifice, les limites

Tous sont déjà sur scène alors que le public prend place. Tous plus une : la baleine. Celle-là même que d’aucuns ont vu traverser Liège sur sa remorque tandis que d’autres en alimentaient les réseaux sociaux. Elle gît, imposante, en diagonale du plateau, avant d’être bâchée et que commence le spectacle.

Voilà la manière de Transquinquennal : un théâtre livré dans tout son artifice, interrogeant nonchalamment ses propres codes, ébouriffant les conventions, faisant fi du jeu au profit de l’acte scénique, sondant la représentation et ses limites.

Complice récurrente du collectif, Marie Szersnovicz signe scénographie et costumes, en mode bitonal : du noir, du blanc et de sourdes teintes assimilées (marine, écru), rayures occasionnelles et boutons dorés, du mat et du luisant, le tout dans un univers fragmentairement mais résolument marin. Le Pequod, au cosmopolite équipage duquel se joint Ismaël, est livré d’emblée en morceaux (planches inégales, corde épaisse, échelle) qui passeront du chaos au vrac organisé jusqu’à l’affrontement final. Hélas l’intervalle semble bien long tandis que s’éparpillent les rebondissements, que se distend le fil. Le roman s’éloigne, la forme prend le dessus, on s’y accroche.

Le défi était beau, le risque certain : Tranquinquennal et le Théâtre de Liège auront eu le mérite de s’y aventurer, toutes équipes sur le pont, y compris de jeunes musiciens du Conservatoire (Yseult Kervyn au violoncelle et à la coordination, Séverine Sierens à la clarinette, Louis Preudhomme et David Coppée aux percussions, Hu Yue à l’alto) pour une performance improvisée chaque soir. Une des audaces d’un projet qu’on ne peut s’empêcher de penser débordé par sa propre ampleur.

--> Liège, Théâtre (salle de la Grande Main), jusqu’au 23 janvier, à 20h (mercredi 20 à 19h ; rencontre après la représentation avec Krishna Das, océanologue à l’ULg). Durée : 1h40. De 8 à 22 €. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be