Poète, metteur en scène, écrivain, né en 1944 à Stockholm, Lars Norén est décédé mardi des suites de complications liées au Covid dont il souffrait depuis plusieurs semaines. La maison d’édition suédoise Albert Bonniers Forlag a été chargée par la famille de communiquer la nouvelle.

Souvent placé dans le sillage de ses aînés Strindberg et Bergman, c’est un des grands noms de l’art dramatique scandinave et européen qui s’éteint. Son éditrice Eva Bonnier déclare d’ailleurs : “L’importance de Lars Norén comme auteur et dramaturge est presque impossible à résumer en quelques phrases, mais il était l’un des plus grands de notre temps.”

D’abord attaché à la poésie, Norén se concentrera sur le théâtre à partir de la fin des années 70, comme auteur et metteur en scène. Il succède à Ingmar Bergman à la tête du Théâtre national de Suède, puis prend en 1999 la direction artistique du Riks Drama au Riksteatern, le théâtre national itinérant suédois.

Un créateur effrontément pessimiste

Parmi la quarantaine de pièces qu’il composera, plusieurs ont été montrées ou montées chez nous. Sous la direction de Lars Norén lui-même est créé au National – et avec une distribution en partie belge – À la mémoire d’Anna Politovskaïa (2007), sur le chaos tchétchène. Citons encore la création en langue française de Biographies d’ombres dans la mise en scène d'Isabelle Pousseur, à l'Océan Nord, Under, sorte de Godot du XXIe siècle, Froid monté par Jean-François Noville et présenté aux ados, ou le cinglant 20 novembre, créé au Festival de Liège, porté par l’interprétation vibrante d’Anne Tismer dans le rôle de Sebastian Bosse, le lycéen devenu assassin.

Irrigué de réel dans ce qu’il a parfois de plus terrible, le théâtre de Norén explore volontiers les marges, sans chercher d’excuse au pire. Mon seul espoir est de pouvoir montrer aux gens qu’il n’y a pas d’espoir, de leur ouvrir les yeux”, déclarait le dramaturge en 2013, venu présenter au National, à Bruxelles, sa pièce Fragmente. Les mots d’un créateur effrontément pessimiste, d’un auteur en colère devant les noirceurs insondables du monde.