De la dramaturge allemande Anja Hilling (Lingen, 1975), Georges Lini montait, au printemps 2016, Tristesse Animal Noir, avec entre autres Laurent Capelluto, France Bastoen, Nargis Benamor, Itsik Elbaz.

Sa pièce Mousson (Monsun, 2005), la troisième de sa plume, est "une sorte d’expérience dramatique de terrain, comme sur un tas de compost trop riche où ne pousse d’ordinaire que le vulgaire mais où peuvent aussi s’épanouir des plantes plus rares. Et cela fonctionne, à supposer que les soins qu’on leur accorde ensuite tiennent compte des besoins particuliers de cette semence sensible", indiquait en 2006 Theater Heute.

Il est question dans Mousson d’un enfant fauché par une voiture, tragédie banale autour de laquelle l’autrice tisse un réseau d’interrogations et d’émotions. Que va changer cette mort dans la trajectoire des personnages ? Personnages qui eux-mêmes inventent (Bruno, le père du jeune garçon, est scénariste de soap opera pour la télévision) ou témoignent (la conductrice réalise des documentaires sur des peuples méconnus) ?

Ce qu’on se raconte pour continuer à vivre

Il y a près de cinq ans, la comédienne Dominique Pattuelli découvre ce texte qui, dit-elle, la bouleverse. "J’ai une affection particulière pour les soap opera au théâtre, où on passe d’un univers à l’autre." C’est singulièrement le cas dans la pièce d’Anja Hilling, autour de la mort de ce petit garçon : "Comment les personnages continuent à vivre avec ça, malgré ça, quelles histoires on se raconte pour tenir debout. Ça met en question la vérité et la fiction, comme pour nous dans la vie…"

L’actrice embarque dans l’aventure sa consœur Agnès Guignard. De lectures en réflexions, elles se tournent vers le metteur en scène Xavier Lukomski qui "va pouvoir s’approprier ce langage". D’autres acteurs se joignent à l’équipage – Katell Borvon, Jean-François Bourinet, Anna Galy, Bruno Borsu–- qui, d’ateliers en résidences (des Doms au Varia en passant par la Fabrique de Théâtre à Frameries), étoffe ses recherches et affine ses axes. L’un d’eux se structure avec le travail sonore de Marc Doutrepont.

"On travaille comme sur une partition, avec des micros, à rendre sans être explicatifs les diverses sensations et émotions du texte", explique Dominique Pattuelli.

Souvent accusée de rendre durs ses personnages, Anja Hilling s’en défend. "Pour elle, il s’agit d’être au plus proche de l’état des lieux, de l’humain, sans volonté de dresser un tableau psychologique ni de donner des leçons. On est dans l’état brut, avec un questionnement sur la vie, la fiction, le récit, l’écriture."

Doit-on s’attendre à un spectacle polyphonique ? "À un kaléidoscope en tout cas, avance Dominique Pattuelli. Avec d’ailleurs un côté Rubik’s cube…"

Quant aux conditions sanitaires particulières du processus de création, elles trouvent un écho dans la dramaturgie même, jusqu’aux distances séparant les interprètes sur scène. "Ça se révèle très juste par rapport au récit, où chacun finalement est seul face à cet événement. On espère même que, vis-à-vis du public en nombre restreint, ça fonctionne en miroir…"

  • Bruxelles, Poème 2, du 9 au 20 septembre (du merdredi au samedi à 20h, le dimanche à 16h). Infos & rés.: 02.538.63.58 – www.theatrepoeme.be