Scènes

La semaine dernière, La Libre expliquait (LLB 11/7) comment l’équipe artistique du festival d’été en plein air Bruxellons ! avait œuvré à transposer en français les dialogues de l’une des plus fameuses comédies musicales anglo-saxonnes : My Fair Lady. Le défi était délicat vu qu’une grande partie du texte original repose sur les subtilités linguistiques de l’anglais. Et le moins que l’on puisse écrire, c’est que le pari a été brillamment relevé. Dimanche soir, lors de la première, les spectateurs, installés dans la magnifique cour du Château du Karreveld à Molenbeek, ont été totalement plongés dans la magie de Broadway. Le temps d’une soirée, ils n’étaient plus à Bruxelles sous un ciel moutonneux percé d’une lune presque pleine, mais dans le Londres du début du XXe siècle.

Placé dans la chapelle qui jouxte le plateau, l’orchestre, dirigé par Laure Campion (assistée de Julie Delbart), ouvre le spectacle avec un pot-pourri des airs les plus connus de My Fair Lady. Dans le public, les spectateurs sont déjà nombreux à taper du pied et dodeliner de la tête. Les artistes entrent en scène. Vêtus de somptueux costumes (signés Béatrice Guilleaume), ils prennent la pose selon leur classe sociale : les nantis au niveau supérieur du plateau et les miséreux, en-dessous. Car, si My Fair Lady est avant tout un spectacle romantique plein d’optimisme, il n’en occulte pas moins une réalité qui traverse les époques : le gouffre socio-économique entre les populations. Le choix des metteurs en scène Jack Cooper et Simon Paco de maintenir l’histoire au cœur de la société anglaise est donc d’autant plus judicieux que les écarts socio-économiques y étaient particulièrement patents selon l’accent des habitants.

Un Alfred Doolittle plein de bonhomie

Marina Pangos et Franck Vincent excellent dans les rôles titres d’Eliza Doolittle en bouquetière des quartiers populaires et d’Henry Higgins en professeur de phonétique distingué. Avec son accent créé de toutes pièces (qu’elle maîtrise aussi bien en jouant qu’en chantant), la jeune Française livre de sa voix cristalline une prestation éblouissante, teintée de charme, de piquant et d’humour. Le duo est entouré d’une solide distribution d’une vingtaine de comédiens alliant talent de chanteurs et danseurs. Mention spéciale à Daniel Hanssens qui campe un Alfred Doolittle, père d’Eliza, plein de bonhomie et de joyeuse maladresse. Les chorégraphies, composées par Kylian Campbell (assisté de Lexia Cuvelier), apportent fraîcheur et dynamisme au spectacle. Qui prend des airs définitivement féeriques grâce aux splendides décors, faisant voyager le public de Covent Garden au bureau cossu de Higgins en passant par les ors de l’ambassade de Transylvanie ou le jardin de Mrs Higgins.

Molenbeek, jusqu’au 29 septembre. Infos et rés. au 02.724.24.24 ou sur www.bruxellons.be