Psychanalyste, autrice, metteuse en scène, elle se révèle également actrice. Et obtient, avec “Final cut”, le Prix Maeterlinck du meilleur spectacle et celui de la meilleure comédienne.

"J’aurais pu disparaître. Mais j’ai conquis le final cut […] et dès lors je raconterai cette histoire non pas le malheur, non ! dont je fais une déconstruction, un montage, une fiction plus vraie que vraie", écrit-elle à propos de Final Cut, créé en novembre 2018 au Théâtre Océan Nord, avec le soutien d’Isabelle Pousseur, et couronné meilleur spectacle de la saison écoulée.

Une histoire, la sienne, qui révèle les failles et les secrets de sa venue au monde, fille d’une mère paranoïaque, "au sens clinique du terme", et d’un père effacé par l’intégration ambiguë de l’histoire du XXe siècle dans le schéma familial. Jusqu’à son patronyme, Saâdaoui, francisé en Saduis.

Une histoire dont le passage à la scène la remet en lumière non seulement comme plume, talent dramaturgique, œil structurant de l’espace et des mots, mais comme actrice, présence en silence et en parole. Silence et parole qui constituent sa personne et dont elle a fait ses outils, sa matière, dans la pratique psychanalytique et dans la marmite théâtrale.


Française, née en 1961 ("en pleine décolonisation", ce qui dans son récit revêt une importance certaine), Myriam Saduis fait des stages au Théâtre du Soleil, auprès d’Ariane Mnouchkine – rencontre déterminante – avant de s’inscrire à l’Insas, à Bruxelles. Comédienne au début des années 1990 (dans Musset chez Sireuil ou Shakespeare chez Dezoteux), elle se tournera plus tard vers la mise en scène.

En parallèle et dans l’intervalle, elle se forme à la clinique psychanalytique et travaille pendant quinze ans en milieu psychiatrique, en menant notamment des ateliers théâtre avec des personnes en difficulté.

Créer à travers et avec la souffrance

Ayant obtenu en 2004 les droits d’Affaire d’âme, scénario d’Ingmar Bergman resté inédit, elle y voit "la chambre intérieure où une femme essaie de reconstruire ce qui a eu lieu, sous forme de fiction", tout en relevant le défi de la forme – "Il fallait changer de focale" – et du sens à trouver au-delà de la douleur, ce sujet vertigineux. "Il y a des mots qui, pour Myriam Saduis, ne bordent pas la souffrance, mais malgré tout on crée, à travers cela et avec cela."

Fin 2008 éclot ce spectacle ("maîtrisé et accompli qui transporte le public au cœur du mystère de l’être et de sa représentation", comme l’écrit alors Philip Tirard dans nos colonnes) que couronnera en 2009 le prix de la critique de la meilleure découverte.

Le Théâtre Océan Nord reste le lieu privilégié, ouvert aux chemins de recherche, où la metteuse en scène mène ses aventures.

Tchekhov et sa Mouette donneront lieu sous sa plume à une adaptation neuve et forte, créée en janvier 2012 et reprise l’été suivant dans le Off d’Avignon. Tandis que, signée Arthur Nauzyciel, une autre Mouette, boursouflée, échoue dans la cour d’honneur du Palais des papes, la version sensible et palpitante qu’en livre Myriam Saduis, La Nostalgie de l’avenir, fait le plein au Théâtre des Doms et obtiendra dans la foulée le prix de la meilleure mise en scène.

Après Protocole de relance (d’après Si ce n’est plus un homme de Nicole Malinconi, avec Nicole Colchat, au Poème 2 en 2013) où, à nouveau, il est question de mettre des mots sur des maux, c’est sur le parcours d’Hannah Arendt que se penche Myriam Saduis avec la complicité de Valérie Battaglia à l’écriture et à la dramaturgie. Amor Mundi ouvre la saison 2015-16 de l’Océan Nord. Une fête des sens aussi bien que du sens, aux accents gais et graves, charnels et parfois oniriques, qui connaîtra, là encore, un joli succès couronné de reprises.

Mobilisation citoyenne, engagement féministe

Au fil de ce parcours, dans chacune de ses réalisations, Myriam Saduis dévoile, non sans pudeur, les failles et les forces qui la traversent et par lesquelles se meut l’humanité. Son engagement citoyen et féministe, fervent, se superpose à son langage artistique.

Ainsi fut-elle, début mai 2018, de la toute première assemblée constituante F(s), vaste groupe de femmes de culture qui n’a de cesse, depuis lors, de relever les inéquités à l’œuvre dans les milieux artistiques, l’absence toujours manifeste de parité. "Il est temps de voir que cette situation se répète, et ce qu’elle révèle", pointait-elle alors. Dans la foulée d’une carte blanche étayée, les actions se sont structurées dans l’étude de cette réalité et dans la lutte résolue contre la minorisation persistante des femmes dans le monde culturel et théâtral. Myriam Saduis, comme ses sœurs, est loin d’avoir déposé les armes.

  • "Final Cut", en tournée en 2020-2021, sera aussi très prochainement à Paris, au Centre Wallonie-Bruxelles, les 9 et 10 octobre: http://www.cwb.fr