Scènes

Il y a une semaine, «Marie T.» - créé cet été au Château de Seneffe - fut donné à Bruxelles, au Théâtre Poème. L'oeuvre, inclassable, est à l'image de son auteur, le jeune Belge Renaud de Putter, économiste et anthropologue de formation, compositeur et poète de coeur - et de fait. Après «les Chants de simplification» et «Orlane», Renaud de Putter poursuit avec «Marie T.» sa réflexion sur les questions d'identité, envisagées une fois encore à travers le destin d'une chanteuse.

Mais cette fois, on apprend (dans le programme) que Marie T. a réellement existé, qu'elle est née Georgina Stirling, à Twillingate, en Terre-Neuve, et que son nom de scène était Marie Toulinguet. Marie T. connut une carrière internationale assez brillante pour qu'en demeurent des traces historiques, elle abandonna la scène en 1904 et passa la fin de sa vie dans sa ville natale, qui lui éleva un monument (découvert par le compositeur au cours d'un voyage).

En quoi Marie T. intéressa-t-elle De Putter ? En ce qu'elle perdit sa voix brutalement, pour des raisons inconnues, et que son destin en fut brisé. A partir de cette circonstance troublante, l'auteur a reconstitué un lien imaginaire et surnaturel entre la chanteuse et une jeune Indienne, Shanawdithit, dernière représentante connue des Indiens Béothuks, qui aurait été en service chez le grand-père paternel de Marie où elle mourut en 1829, à 29 ans.

Mise en scène des mots

Sur la scène du Théâtre Poème, le destin de Marie T. est confié à Isabelle Bats, comédienne, metteur en scène, cinéaste, chanteuse et poète, mais on n'en devinera rien. Longue chemise et pieds nus, son jeu de scène se bornera à rejoindre, à entrer ou à sortir de la lumière, et à se draper, parfois, dans une étoffe de soie. La vraie mise en scène sera celle des mots, selon le mouvement de prédilection de Renaud De Putter, l'immobilité, oscillant imperceptiblement entre la narration et le propos poétique, avec un zeste de thriller.

On disait «immobilité» : un exercice de style auquel la comédienne se livra avec une fidélité farouche et hypnotique... Il est sûr pourtant - et quoi qu'en pense l'auteur -, que le texte pourrait être dit de façon plus naturelle, plus éloquente, et proprement fantastique. Libre au spectateur de se raconter l'histoire comme il voudra, après la parution de «Marie T.» et d'«Orlane» aux éditions de l'ambedui (Théâtre Poème), sous le titre de «Deux cantatrices oubliées».

Théâtre Poème - 30, rue d'Ecosse à Bruxelles - 02 538 63 58

© La Libre Belgique 2006