Un mouchoir sur le nez. Une tache de sang sur sa blouse blanche. Rose, la soixantaine, vient de débarquer chez un couple d’anciens collègues, Hazel et Robin, qu’elle n’a plus vus depuis 38 ans. Ils vivent dans un petit cottage sur la côte britannique, presque retirés du monde depuis ce jour où a éclaté la catastrophe… Tandis qu’Hazel aide son amie à arrêter le saignement, Rose s’enquiert : “Comment vont les enfants ?”. Électricité rationnée, eau non potable, compteur Geiger, toux, cancer,…, on comprend rapidement qu’il y a eu un terrible accident nucléaire. Si Hazel et son époux, anciens ingénieurs nucléaires, parents de quatre enfants, s’efforcent de préserver un semblant de vie normale, Rose, ex maîtresse de Robin, va venir bousculer toutes leurs certitudes, secouer leur petit confort et perturber l’équilibre de leur couple…

Traduite de l’anglais par Louise Bartlett, la pièce Les enfants de Lucy Kirkwood est pour la première fois mise en scène en français par Tilly, au Théâtre de Poche. Dans ce huis clos au magnifique décor de chalet cosy bercé par les bruits de la houle (la scénographie est signée Olivier Wiame) se pose, au fil de l’histoire, une question cruciale : face au réchauffement climatique et aux enjeux inhérents (sortie du nucléaire, énergies renouvelables, consommation, etc.) quelle est notre responsabilité envers les générations à venir ? Pour poser ce débat, l’auteure a choisi trois personnages principaux retraités, incarnés ici par Marie-Paul Kumps (Rose), Jo Deseure (Hazel) et François Sikivie (Robin). Là où Rose est célibataire et sans enfants, et vivement préoccupée du sort de ses jeunes collègues – “ces enfants, en fait, qui ont toute leur vie devant eux” – en train de réparer la centrale nucléaire, Hazel et Robin affichent un certain détachement, satisfaits de ce qu’ils ont accompli : lui, s’est reconverti en fermier et elle, se consacre au yoga.

Une certaine confusion

En ce soir de première représentation, Marie-Paul Kumps interprète avec aisance et conviction son personnage ; en revanche, on est un peu moins séduit par le jeu du couple, qui manque, à nos yeux, de relief et d’aspérités. À l’heure des marches pour le climat et de l’élan de conscientisation et de mobilisation que suscitent les jeunes Greta Thunberg ou Anuna De Wever, la pièce a le mérite de nous confronter à un enjeu d’avenir et de société mondial, même si elle pèche par une certaine confusion dans l’agencement des idées et des longueurs (durée d’1h45).

Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu’au 10 octobre. Infos et rés. au 02.649.17.27 ou sur www.poche.be