Le Kunstenfestivaldesarts est une aventure et son fidèle public aime cela. On y voit des spectacles magnifiques ou ratés mais rarement anodins. Prenez “Oblivion”, la performance de Sarah Vanhee

Pendant toute une année, l'artiste belge – liée à la Cie gantoise Campo – a gardé tous ses déchets (les secs et les organiques séchés) qu’elle a archivés dans un mur de boîtes en cartons. Sur scène durant 2h30, elle vide ses boîtes l’une après l’autre et dispose sur le sol de la Raffinerie, à Molenbeek, les traces d’un an de sa vie, créant tout un paysage comme Tony Cragg le faisait à ses débuts.

Ce faisant, elle parle sans arrêt, évoquant ce qu’est le rebut, l’excrément, ce dont on ne veut plus mais qui, venant de nous, raconte aussi notre histoire à sa manière. Elle invoque ses rencontres, ses lectures philosophiques, ses doutes, ses manies. Même les mots et les idées de ces douze mois sont ainsi conservés, archivés. Rien n’est jeté.

Avec « Oblivion », Sarah Vanhee signe une performance très longue, hypnotique, somnifère ou excitante c’est selon, mais qui nous place devant l’interrogation, voire la beauté de nos déchets. Jusqu’à notre corps qui, un jour, sera évacué.


scène
© Phile Deprez

"En alerte"

Dans le même lieu de la Raffinerie, la proposition du danseur et chorégraphe Taoufiq Izeddiou est tout autre. C’est lui – né en 1975, fondateur de la Cie Anania – qui représente le mieux la danse contemporaine au Maroc. Il lui a fallu du courage pour y danser (mal vu pour un homme) et créer le festival de danse de Marrakech On Marche. Ancien boxeur, Izeddiou a un physique impressionnant, très loin de celui du monde de la danse. Mais il en joue bien, imposant une présence forte et singulière sur scène.

Dans “En alerte”, solo accompagné de deux musiciens sur scène, il commence par “extirper” la danse de son corps comme la tarentelle le faisait. Puis il se met en harmonie avec la musique soufie et gnaoua, évoque ses racines et un grand poème du Palestinien Mahmoud Darwich avant de terminer de manière quasi mystique par la douceur et des grands cercles concentriques de sable blanc. Le lien entre tout cela n’est pas évident mais la personnalité généreuse de Taoufiq vaut bien des raccords.


Oblivion” par Sarah Vanhee, encore le 10 et du 13 au 16 mai. “En alerte”, encore le 10 mai. À la Raffinerie. Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 28 mai. Infos & rés.: 02.21087.37, www.kfda.be