Depuis le début du mois de mai, et jusqu’à la fin de l’été, le Théâtre Le Public a concocté un programme de Retrouvailles tout particulier pour son public : un coin librairie (en collaboration avec Filigranes) qui permet aux “clients-spectateurs” d’acquérir l’un ou l’autre livre et d’assister à des spectacles en intérieur (dans le strict respect des normes sanitaires) ainsi qu’une scène extérieure. Au menu ? Une vingtaine de spectacles chaque mois. Dont Ogresse de Philippe Blasband, mis en scène par Michel Kacenelenbogen, codirecteur du Public.

Escarpins, robe bleu pâle cintrée à la taille, chignon et collier de perles, elle entre par la porte du fond du prétoire et suit le tapis de velours rouge qui conduit à la barre. Elle y appose ses mains et ne la lâchera plus. Seule dans la lumière (les éclairages sont signés Laurent Kaye), elle observe le public – les jurés. Et, posément, s’adresse à eux : “L’un d’entre vous, je ne sais pas lequel, ou l’une d’entre vous, va mourir dans son sommeil […]” après avoir bu un verre de vin blanc. “L’un d’entre vous ou l’une d’entre vous va perdre un être cher.” Etc. L’avenir, le présent, le passé, elle les “sent” chez les autres. Elle se décrit comme “intuitive” et “impulsive”. C’est ainsi que fonctionne cette meurtrière en talons, épouse, mère de famille et confidente toujours élégante et impeccable. D’ailleurs, quand elle tue (en coupant la gorge), elle “essaie de laisser les lieux plus ou moins propres” et, “si je peux, j’aspire”

Un personnage qui déstabilise et dérange

Seul en scène, Ogresse plonge le spectateur dans la terrible mécanique d’une tueuse en série, prisonnière d’une folie glaçante, interprétée avec maîtrise et retenue par Chloé Struvay. C’est que ce personnage méthodique, apprêté et souriant, mais dépourvu de toute empathie déstabilise, déroute et dérange son audience : comment a-t-elle pu commettre de telles atrocités, avec un tel sang froid, sans éprouver l’once d’un remord ? “J’aime faire ça”, confie-t-elle. C’est “mon domaine de prédilection”. Grande fan des aventures d’Harry Potter, elle se considère comme une héroïne, persuadée qu’elle sera reconnue comme telle.

En privilégiant la posture statique de Chloé Struvay, la mise en scène renforce d’autant plus son effroyable récit, habillé d’un fond sonore (de Pascal Charpentier) discret mais constant. La folie est devenue toute puissante. Et laisse les juges face à leurs peurs et leurs interrogations.

--> Bruxelles, Le Public (grande salle), jusqu’au 30 juin. Infos et rés. au 0800.944.44 ou sur www.theatrelepublic.be