Avis de tempête au National, où le collectif Greta Koetz pulvérise les conventions sociales et les tabous. Jusqu'au 1er février.

Un repas qui dérape, déraille, dévisse : merveilleux ressort dramaturgique qui a valu au cinéma notamment de mémorables scènes – que l’on songe seulement au malaise grandissant, effroyable, de Festen.

En guise de famille, ce sont ici des amis qu’ont conviés à leur table Léa (Romagny) et Thomas (Dubot). Celui-ci, en dépression, n’a plus mis les pieds au bureau depuis des mois. Le moment est venu de revoir son collègue Antoine (Cogniaux) et sa femme Marie (Bourin), ainsi que Sami (Dubot) pour un joyeux moment de convivialité.

Banalités et politesses, petites attentions et agacements : le jeune collectif Greta Koetz traduit tout cela avec justesse, finesse, dans une écriture à la fois précise et souple. Une énergie de l’instant, presque désinvolte, court entre eux, dans les retrouvailles mi-spontanées mi-forcées d’On est sauvage comme on peut. Or bientôt l’étrange s’invite dans cet univers qui, de familier, se laisse gagner par l’excès et vacille. 


Passée à la broyeuse, sans ménagement mais avec une inventivité formelle réjouissante – où se devine l’influence des “grands frères” du Raoul Collectif –, la chronique presque bourgeoise se mue en tempête féroce pulvérisant sur son passage les frontières entre conventions sociales et transgression des tabous. Sauvage assurément, étrangement poétique, et subtilement musical, un théâtre du débordement, imparfait, drôle, diablement touchant.

  • Bruxelles, National, jusqu’au 1er février. Infos & rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be